Nous voilà dans un western de grande tradition, cela sent le cuir, le whisky et le feu de bois, les costumes sont admirablement rus-tiques, les images panoramiques sont superbes comme les paysages désolés supposés du Nevada qu'elles nous proposent, ainsi que celles du village « débutant » ou celles de la maison isolée. Il y a des chevaux, des armes à feu et un saloon avec un piano droit mal accordé comme il se doit ainsi que des personnages façon Le Bon, la Brute et le Truand.
Tous les acteurs semblent d'époque et l'histoire qui nous est propo-sée se déroule durant les années 1860, avec même une sorte d'ap-parition, celle de Jeanne d'Arc fièrement campée sur son destrier, toute habillée d'armure, tenant fermement en main la hampe d'un gonfalon.
Sa présence symbolique n'est pas seulement une citation cinématographique, c'est aussi un sujet qui va imprégner notre héroïne, encore jeune fille dont le destin nous sera conté.
L'histoire commence comme il est d'usage par un règlement de comptes mortel et une pendaison après un jugement expéditif. Elle se terminera des années plus tard par le face à face entre enne-mis de toujours, après maints rebondissements que vous décou-vrirez dans cette ambiance de rusticité très bien recréée, et dans laquelle la violence est très retenue et filmée avec une discrétion qui tranche avec celles d'un Tarantino ou de Jacques Audiard.
Il y a une dimension féministe dans le film, incarnée par une Vicky Krieps à nouveau éblouissante de talent dans ce rôle de canadienne francophone exilée.
Il faut dire que son partenaire, scénariste, metteur en scène du film, producteur et compositeur des musiques, n'est pas un débu-tant. Il donne lui aussi toute l'étendue de son immense talent.
C'est sa deuxième mise en scène après Falling (821) et une nouvelle fois le scénario est structuré en bousculant les temporalités afin de faire comprendre petit à petit ce qui guidera les personnages dans leurs choix et attitudes.
L'affiche est très moche comme la traduction du titre dont le sens La mort/le mort ne blesse pas est double et en lien avec les enjeux du film plus que cette invitation pour revue touristique.
Laissez-vous emporter par ce récit dont les émotions m'ont sem-blées d'une grande actualité.