Un film qui en vaut vraiment la peine. Il est l'œuvre documentaire d'un seul homme, réalisateur et opérateur qui, durant de nombreuses années, à partir de 2013 pour les premières photos puis de 2016 à 2022 pour le tournage de 300 heures de rushes, s'est invité comme témoin discret et respectueux dans les prisons de Forest, celle pour homme, celle pour femme.
La période de ce suivi intérieur, de ce partage, nous permet au début d'entendre (à la radio) la décision politique du financement de la construction d'une nouvelle prison à Haren, jusqu'au démé-nagement des premiers détenus vers ce lieu de détention enfin construit, en passant bien entendu par les années covid. Rien ne semble mis en scène et rien n'est spectaculaire, contrairement aux très nombreux films qui choisissent ces lieux d'incarcération pour que s'y déroule une partie du scénario. Ici la routine des jours scande le quotidien de ces femmes et de ces hommes, enfermés, obligés de cohabiter, qu'ils soient détenus ou agent pénitentiaires. Et l'on sent bien que l'enfermement pèse sur tous, que l'usure des carrières, la lassitude des prisonniers que provoquent ces années pour payer leurs « dettes » à la société, ne débouchera jamais sur la moindre rédemption. Le lieu et le système déshumanisent petit à petit, irrévocablement. Et l'on ne nous donne pas d'explications, aucun didactisme, pas de propos sur les prisons criminogènes, écoles de l'accès à une délinquance de plus haut standing.
C'est plus simplement le besoin d'humanité que nous percevons au travers de nombreux moments de cette vie qui n'en est plus une. Les images en noir et blanc sont fixes, larges, parfois elles suivent, caméra à l'épaule, les déplacements de portes à grilles, de cellules à réduits, de serrures à loquets, accompagnées souvent de ces bruits menaçants de clés et d'une musique qui semble la seule part sensible dans cet univers où même les visites sont filmées sans que l'on n'entende les échanges entre ces êtres dont rien ne nous est dit, car nous ignorerons ce qui les a amenés-là, dans cet infra monde. Le travail des prisonniers nous est montré qui semble ajou-ter encore par son manque total d'intérêt, à la peine subie. Seuls quelques gardiens s'expriment, ils témoignent du besoin d'humani-té dans un lieu, dans un système qui vous en prive. Le responsable des lieux, Vincent Spronck, explique que le droit est phagocyté en prison pour se retourner contre les détenus. Et lorsqu'il sera muté, ce directeur sera gratifié par des mots et des gestes pleins de reconnaissance émue pour le maintien qu'il a essayé de faire d'un peu d'empathie dans l'exercice de sa fonction.
Ce film est exceptionnel, et je regrette que le générique, une fois encore en lettre blanches sur fond noir, soit totalement illisible, comme peut-être, pour rappeler le sort de celles et ceux qui ont contribués à ce partage de vies à la peine.