Ce genre de films dont l'histoire est issue d'une réalité complexe mérite par principe le partage de quelques prérequis utiles à l'ap-préciation de l'œuvre. L'OLAF est l'Office européen de lutte antifraude au sein de l'Union européenne. José Manuel Durão Baroso a été président de la Commission européenne depuis novembre 2004, durant 10 années. Ensuite, il ira pantoufler à la banque Gold-man Sachs. Giovanni Kessler, magistrat et élu italien, dirigea l'OLAF de 2010 à 2017. En 2023, il sera condamné à 14 mois de prison (avec sursis) pour écoutes téléphoniques illégales de John Dalli. Il sera ensuite directeur général des douanes italiennes et conseiller auprès de la Commission européenne pour les questions de fraude. Le député maltais John Dalli fut Commissaire européen à la santé e.a., de 2010 à 2012. Gayle Kimberley est une avocate maltaise. Avocat d'affaire, Michel Petite est engagé à la Commission européenne, il y occupa de nombreuses fonctions avant de pantoufler e.a. comme conseiller juridique chez le cigarettier Philip Moris. La Swedish match est productrice du SNUS, tabac sous forme de poudre humide, consommée en Suède. José Bové, député européen de 2009 à 2019, est l'auteur e.a. du livre Hold-up à Bruxelles qui est l'histoire scénarisée dans ce film. Bouli Lanners est un véritable clone de José, il est entouré de son assistant parlementaire, Fabrice et d'une stagiaire, Céleste, qui n'a pas froid aux yeux, interprétée par l'excellente Céleste Brunnquelle remarquée dans L'Origine du mal (1053) et très appréciée dans La Fille de son père (1273). Elle apprendra vite que le droit ce n'est pas la même chose que la justice. Elle est un « biais narratif » bien imaginé pour donner aux spectateurs les informations sans lesquelles ils se noieraient dans ce marigot indéchiffrable d'une démocratie hypertrophiée bien difficile à décoder. Et pourtant elle est capable de grandes choses cette UE, comme la directive sur les produits du tabac entrée en vigueur en mai 2014, appliquée depuis mai 2016 et qui aurait fait diminuer de deux tiers le nombre de jeunes fumeurs. Mais la question du trafic de cigarettes de contrefaçon et d'autres addictions de remplacement ne sont guère évoquées dans le film. Par esprit de simplification ou ne naïveté. Car ce vote en faveur de la directive fut une victoire bien compliquée. Après le médiocre Une intime conviction (604) c'est le deuxième film de long métrage du réalisateur, qui se voudrait un croisement d'André Cayatte et de Costa Gavras ; le chemin sera encore long mais ici il est aidé par l'unité « européenne » qui lie ces séquences de bureaux, de couloirs, d'assemblées plénières et de repas bavards. La musique est excessivement lourde, pesante mais il y a nombre de moments qui, tout au long du film, font illusion car ils intriguent. Mais le travail du scénario n'est pas abouti hélas et l'on rêve de ce qu'une production américaine aurait fait d'un tel sujet. Par principe, ce film mérite d'être vu, parce qu'il traite de sujets importants, et de façon assez bien enlevée.
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