Cannes a ri. Moi aussi, un peu, mais je suis inquiet de voir qu'il ne semble pas possible de trouver mieux pour ouvrir, hors compétition, le plus grand festival de cinéma du monde. Le réalisateur est un paltoquet bien connu pour ses productions façon montagnes russes de parc de distraction pour cinéphiles immatures. Parmi la douzaine de ses films, Au poste (524), Incroyable mais vrais (987) Le Daim (675) Yannick (1274) Daaaaaali ! (1383) sont des exemples de cette carrière de rôdeur solitaire aux marges de la création. Et il s'est emparé cette fois de ce thème par le biais de l'intelligence artificielle qui aurait écrit et qui dirigerait un film pour lequel nous assistons au tournage d'une séquence.
Une journée ordinaire pour 4 acteurs, tous drôles et amusants, qui débitent un texte comme un robinet que l'on n'arrive pas à fermer. Si Raphaël Quenard nous revient excellent, comme Vincent Lindon et Louis Garrel, Léa Seydoux parait plus proche de ce qu'elle pourrait être dans la réalité et c'est touchant. Mais la palme, c'est à Manuel Guillot qu'elle revient, haut la main. Rien que pour ces séquences de garçon de café, le film mérite d'être vu : sommet hilarant dans le genre d'humour visuel, à ne pas manquer. Vite torché en deux semaines de tournage, ce film bavard pique bien ici ou là, utilise des clichés sur le métier, le harcèlement, les « anciens » à qui on ne la fait pas, l'attitude caricaturale des agents d'acteurs, bref des sujets qui s'entremêlent de répliques en répliques sans que l'on ne comprenne toujours s'il s'agit du dialogue qui est sensé être tourné pour cette fiction en IA, ou de commentaires entres des acteurs qui papotent dans leurs moments perdus.
Ce qui nous vaut un méta cinéma de bistrot où sont échangés des propos un peu longuets sur l'état du monde et sur le cinéma. L'allusion amusante au réalisateur Paul Thomas Anderson mérite le rappel de cette personnalité aux antipodes de Dupieux à qui l'on doit, e.a. Licorice Pizza (907) et Phantom Thread (478) e.a. Dupieux est un artiste musicien, scénariste, metteur en scène, chef opérateur, monteur de ses propres films, n'en jetez plus. Et il rend un sympathique hommage à son équipe technique, aux machinos en particulier, par le dernier plan du film.