Ce réalisateur anglais a déjà une carrière aussi brillante que diver-sifiée : romans, jeux vidéo, scénariste, séries de télévision et nous avions apprécié Men - Eux (984) dans un style bucolique qui laissait une large place à l'épouvante. Il nous propose ici sa 4e réalisation de fiction, un double récit, celui d'une guerre civile aux Etats-Unis, celui d'un quatuor de journalistes reporters photographes. C'est très spectaculairement réalisé avec des allusions appuyées à Apo-calypse Now et M.A.S.H. par exemple mais aussi aux citoyens d'extrême droite, l'alt-right, ceux qui se font appeler Boogaloo boys et qui se préparent à une guerre civile.
Le Texas et la Californie, parmi d'autres, font sécession et des bandes armées montent vers le Nord, avec pas moins que l'ambition d'envahir la Maison blanche et de s'emparer du président.
Une célèbre photoreporter est déterminée, avec son collègue
« fixeur », à suivre au plus près ce bouleversement historique et sanglant. Un vieux journaliste, revenu de tout sera du voyage, mais c'est surtout une autre femme, très jeune, photographe débutante, qui sera suivie dans son apprentissage qui se déroule dans des conditions aussi exceptionnelles qu'épouvantables.
Le récit soulève de nombreuses, importantes et complexes questions. Une révolte armée peut-elle être exercée contre un régime politique légitime ? La force civile doit-elle être la seule à pouvoir mettre en œuvre des moyens de guerre contre les citoyens qu'elle est sensée défendre ? Que se passerait-il si elle est débordée par la violence des insurgés ?
Et les photos qui témoignent, le regard de la presse, sont-ils des éléments de nature à infléchir le cours des événements et leur compréhension ?
Nick Ut, le photographe de la jeune Kim Phuc transformée en torche de napalm, a-t-il contribué au renforcement de l'opposition à la guerre du Vietnam en prenant ce cliché iconique le 8 juin 1972 ? Quel rôle les images tournées le 11 septembre 1973 au palais de la Moneda ont-elles joué dans les consciences démocratiques ?
Quelles répercutions vont encore avoir les événements du 6 jan-vier 2021 au Capitol qui se déroulaient en direct devant le monde effaré ?
Civil War est imprégné de ses questions et à ce titre, mérite la plus grande attention même si des scènes d'une rare violence peuvent épouvanter.
Malheureusement ni le parcours de ces 4 témoins, ni les motifs et le déroulement des faits imaginés ne sont traités avec nuance et le sentiment qui se dégage du film est une grande immaturité. Celle des insurgés, celle des journalistes, celle du scénario et c'est vraiment dommage. D'autant que le positionnement marketing du film est clairement axé sur le risque de la réélection probable de l'ami de l'actrice Stormy Daniels, et sur les angoisses et les phantasmes que cela génère. Comme quoi le cinéma n'est jamais loin du pouvoir même s'il est décrit comme une dystopie délirante.