Un film malaisant mais oh combien nécessaire. Il aborde de façon très frontale la question de l'inceste. Un premier rappel : la réali-satrice fut reconnue par son géniteur vers l'âge de 13 ans, moment à partir duquel, il réapparut dans la vie de la maman abandonnée et de sa fille qu'il force à avoir des rapports sexuels avec lui. Il est décédé en 1999, avant que ne commence le récit du film.
La réalisatrice part à la rencontre successivement de la seconde épouse, puis de sa mère, mais aussi de son ex-mari, père de sa fille qui sera interrogée également.
Ces moments d'interview sont scandés par des photos et des images amateurs d'archives familiales. La façon de filmer les in-terviews est en harmonie avec ce style maladroit qui accentue la fragilité émotionnelle des séquences de confrontation entre lesquelles la voix off de la narratrice donne des éléments de contexte et d'explication. A un moment l'on aperçoit Doc Gynéco ou son ami Charly Clovis qui ont partagé une période de sa vie.
Quelques phrases sont très révélatrices de la souffrance et de ce qui pousse la réalisatrice à ces confrontations. Elle jette au visage de ceux qui restent en dehors de son drame que « Ne pas juger c'est faire violence » et à ceux qui sont restés muets que « l'on fait beaucoup de mal en ne disant rien » car il est bien vrai que le mutisme est souvent le refuge des témoins silencieux de l'horreur absolue. Et celle qui l'a vécue nous dit que « sa colère est sa béquille ». Et de colères, elle n'en a pas manqué ! Elle portât le nom de sa mère Schwartz ce qui lui a fait subir l'antisémitisme ordinaire.
Ce qui ne l'empêche pas de vénérer Céline comme on l'aperçoit dans le film.
A partir de la publication en 1999, de L'Inceste elle devient une per-sonnalité centrale du monde littéraire français alors qu'elle publiait déjà depuis 10 ans. Ses écrits, livres, articles, ne laissent jamais indifférents et ses prestations médiatiques aux côtés de ces mé-diocres du petit écran que sont Ruquier, Yann Moix ou Thierry Ar-disson ont été souvent retentissantes comme en atteste un court extrait dans le film.
Autrice hyper clivante, Christine Angeot compte plus de 20 livres, souvent primés et plus souvent encore piétinés, ainsi que des col-laborations cinématographiques comme Un amour impossible (561) réalisé par Catherine Corsini, une adaptation du roman éponyme. Ce film-ci, documentaire, donne un accès incomparable à sa souffrance et à cette famille imposée, ou voulue où de rapprochements intellectuels qui constituent nos horizons communs.