Le titre est le surnom donné à une jeune ivoirienne prénommée Aya qui, le jour de son mariage dit « non » et émigre en Chine où elle rencontrera Cai, un négociant en thé qui va l'initier à cette culture raffinée de la boisson emblématique de l'Asie.
Nina Melo, actrice française, a déjà une carrière dans de nombreuses épisodes de séries et dans quelques longs métrage. Ce film-ci, qu'elle tourne en parlant des langues difficiles et inconnues d'elle, sera un tournant dans sa carrière !
Le réalisateur mauritanien n'en est pas à son coup d'essai et si l'histoire est supposée se dérouler à Canton c'est, faute d'autorisation, à Taïwan qu'elle a été tournée alors qu'elle est très ancrée dans ce quartier chinois où vit une importante communauté africaine parlant mandarin, lieu nommé Chocolate City ou Little Africa non sans un certain mépris.
Rien que la rencontre avec cet univers qui nous rappelle Matongué à Bruxelles, est une belle découverte animée par nombre de rôles secondaires tous bien caractérisés. Ces rôles qui contribuent au récit sont nombreux et nous découvrons toute une constellation
familiale autour de Cai. Si bien que le film prendra une tonalité émotionnelle que les scrupules, les remords, les rêves aussi ren-dront subtilement intense, finement montrée dans des images très travaillées.
Vous serez frappés par les cadrages sobres, très équilibrés, rarement en mouvement pour suivre les déplacements. Mais la séquence centrale d'initiation aux subtilités du thé est filmée elle avec une richesse d'angles très marqués qui donne à la scène une dynamique toute particulière.
C'est le charme et le défaut de ce film, communiquer par des li-totes visuelles, de dialogues, des allusions, des tensions, certes palpables, mais très retenues. Et l'on aurait aimé peut-être pouvoir passer de la contemplation à la compassion, et vibrer davantage au vu de ces souffrances et de ces attirances qui s'entremêlent dans cet univers, dans ces lieux et dans ces relations qu'une pudeur, une réserve, une retenue chaque fois présentes nous tiennent à l'écart, laissant une délicate et subtile sensation analogue à celles qu'ex-hale le thé choisi, préparé et bu de façon cérémonieuse.