Le tatami est l'espace sur lequel se déroulent les compétitions de judo et ce film nous permet de suivre un championnat du monde féminin organisé en Géorgie. Nous ferons la connaissance d'une grande championne, iranienne, qui bénéficie d'un immense soutien familial, d'une notoriété nationale et d'une coach très experte, la coréalisatrice du film qui assume ce rôle, magistralement. Nous l'avions admirée comme journaliste enquêtrice dans Les Nuits de Mashhad (1057).
Personnalité artistique, féministe, très courageusement engagée politiquement, cette dame déploie son talent avec une énergie immense qui donne à son personnage de coach et à son film une architecture d'exception.
Très vite nous sommes happés par ce récit haletant filmé en 4/3, noir et blanc, caméra à la main, avec le soutien passionnant des commentaires dits en anglais par un grand spécialiste, Neil Adams, multimédaillé de judo, qui nous permet de « voir » et comprendre les singularités de ce sport. Chacun se souvient que le judoka ira-nien Saeid Mollaei a été obligé de se déclarer blessé en 2019 au championnat du monde de Tokyo pour ne pas se retrouver face à Sagi Muki, judoka israélien connu de tous.
C'est en quelque sorte cette histoire qui est mise en scène magni-fiquement, au féminin.
Vous découvrirez les rebondissements incroyables que seuls des crétins enturbannés, guide suprême, semblent capables d'imagi-ner et d'infliger à leurs concitoyens. C'est ce qui nous sidère véritablement car notre souhait est évidemment de voir gagner l'athlète irakienne interprétée de façon fascinante par Arienne Mandi, actrice américaine qui a quelques années d'expérience déjà mais elle marque ici un tournant dans sa carrière.
Le rôle de l'organisation désignée par l'acronyme WJA (World Judo Association ?) créé semble-t-il pour le film est intéressant à ana-lyser car il est assumé par deux femmes et avec un tact, une subtilité qui, par les temps qui courent, devraient inspirer bien des instances internationales.
Vous apprécierez combien les escaliers sont parcourus en toute hâte, symbolisant sans doute le désir d'ascension, de s'élever, de s'émanciper, de fuir l'instrumentalisation des athlètes comme les nazis l'avaient fait spectaculairement déjà.
Car vous l'avez compris, ce film n'est pas une version kimono de Rocky ou de Million Dollar Baby, mais un véritable appel à surmonter les antagonismes entre les peuples. Et il en est un encourageant exemple puisqu'il est coréalisé avec un metteur en scène israélien connu e.a. pour Golda (1355).
Le judo est un sport pratiqué avec noblesse qui, certes, vise à im-poser à l'autre sa supériorité physique mais avec élégance. Ce film réunit toutes ces vertus et il s'impose par son talent.