Quel film touchant, profondément, qu'Olivier Gourmet n'arrive pas à gâcher, bien qu'il y joue aussi faux qu'à son habitude. Il est le père d'une jeune fille dont la grand-mère atteint un âge problématique. Alors se pose la question chaque fois si difficile du placement en maison de repos et de soin. La petite-fille préfèrera habiter chez sa grand-mère pour qu'elle y reste et le beau-fils va évidemment développer des arguments antagonistes. Tout le charme, l'émotion de l'histoire vient de la découverte de cette vieille femme par sa juvénile colocataire. La dérive intérieure de la grand-mère est bien comprise et révèle aux yeux de sa petite-fille la richesse de la vie de cette avocate militante et féministe.
Avec le film Mon nom est Clitoris (730) un documentaire d'enquête, la productrice de Iota, Isabelle Truc, avait déjà manifesté un en-gagement déterminé dans cette voie qui est bien résumée par un slogan dans ce film-ci « Mon corps, mon choix ».
Nous sommes cette fois dans une fiction très réaliste, drôle souvent et émouvante grâce surtout au talent rare d'Hélène Vincent, une comédienne qui depuis des années assume en se renouvelant, des rôles de mères mises à toutes les sauces. Fantine Harduin lui
donne la réplique dans un très vaste registre de comique et d'émotions qui donnent au film sa saveur et sa pertinence. Rien que pour cette jeune comédienne, le film mérite d'être vu car elle incarne magnifiquement une génération au tournant de la vie d'étudiante et de jeune femme « responsable ». La façon de s'habiller, de se réapproprier des vêtements de sa mère, tout cela contribue subtilement au récit grâce au travail très réussi de Catherine Marchand, la costumière.
La réalisatrice n'en est pas à son coup d'essai et avec ce premier long métrage, la maîtrise du scénario et l'inventivité de nombre de séquences, elle témoigne d'un talent subtil. Elle fait parler les jeunes avec des répliques « il me tue trop ce mec » « bâcher les meufs », qui arrachent, qui sont trop !
Le thème de la démence sénile qu'elle aborde a été traité déjà et souvent de façon émouvante. Ici le parti pris narratif à la confluence de l'humour et d'une belle sensibilité donne un cachet singulier à ce très beau film qui nous met devant nos responsabi-lités existentielles, avec cette touche de légèreté qui dédramatise ce à quoi nous risquons tous d'être un jour confrontés.