Ce n'est pas toujours le bon temps. Ce film documentaire qui porte avec le recul de trois années un regard sur les inondations tragiques de la mi-juillet 2021 a trois grandes vertus. Nous replonger, si j'ose cette formule, dans la cruauté et la violence de ce drame naturel aussi imprévu que dévastateur qui a fait 39 morts et des dégâts incommensurables. Nous montrer sur la durée, les difficultés des tous ordres -- financières, émotionnelles, administratives -- qu'ont dû affronter les familles impactées par ce drame sans précédent chez nous. Nous faire comprendre que ce n'est pas un « accident de la nature » mais la conséquence violente et soudaine de nombreux facteurs dont l'homme est la cause : exploitation forestière du plateau des Fagnes, exploitation agricole du plateau de Herve,
exploitation industrielle du cours des rivières et de leurs berges, lieux d'industrialisation. Comme le dit l'une des témoins qui conti-nue à rembourser son emprunt hypothécaire « je paye ma ruine sur mon terrain en ruine ». Et de constater que la vitesse de la montée des eaux est inversement proportionnelle à la vitesse de l'adminis-tration, des assureurs et de la justice. Nous apprenons à quel point les manquements et les escroqueries ont été légions qui ont ajou-té au désespoir de cette population pour qui les rares gouttes de solidarité émanait d'une entraide spontanée et anonyme. Et tous redoutent que, élections aidant, chacun « retourne sa Vesdre » et les oublie.