Ce très beau film est particulièrement destiné à celles et ceux pour qui la vie n'a pas été toujours un long fleuve tranquille. Nous allons suivre pendant une vingtaine d'années un homme gentil, simple et bienveillant. Il va assumer la paternité légale de l'enfant que portait déjà sa récente compagne et qui se prénommera Jim.
Le charme de l'histoire provient du récit, simple, de ces vies peu ordinaires et pourtant assez banales. De nombreux personnages incidents sont à l'origine de dialogues parfois très décoiffant. Le personnage central, Aymeric, interviendra de loin en loin par ses commentaires en voix off. Il est interprété par un Karim Leklou, au sommet de son art, tout en finesse. Amusez-vous à observer ce très bref moment de silence qui précède ses répliques ou ses réactions ; c'est ce qui donne à ce rôle un peu pataud une vibration pleine d'humanité et de tendresse.
Nous l'avions admiré déjà dans ce type de personnages ingrats (*Le Monde est à toi -532- et surtout Vincent doit mourir -- 1318). Il dé-ploie tout au long de cette vingtaine d'années une personnalité dé-bordante d'humanité. Et le récit suscite une curiosité, un suspens croissant jusqu'à son terme.
Photographe amateur, cet Aymeric qui aime garder un souvenir de ce qui captive son regard, ne peut se douter à quel point ces photos deviendront essentielles pour rétablir la vérité.
Car les photos, contrairement aux personnes, elles ne mentent pas. Vingt et une nuit avec Pattie (190) et Tralala (863) e.a. avaient per-mis déjà à ces deux frères coréalisateurs d'exprimer la singularité avec laquelle ils voient le monde, non sans un humour qui leur est propre, ce qui donne à ce film la force d'une œuvre.