Bouleversant et d'une qualité qui n'était pas évidente a priori lorsque l'on s'empare de la biographie d'une actrice sulfureuse au destin tragique.
Daniel Gélin (interprété ici par Yvan Attal) est le mari de Danièle Delorme et il a eu une enfant hors mariage avec une mannequin d'ori-gine roumaine, Marie-Christine Schneider, interprétée de façon magistrale par Marie Ghislain. Cet enfant, Maria, est née en 1952 et décèdera en 2011. Elle vivra en nourrice jusqu'à l'âge de 10 ans et ne rencontrera son père biologique qu'à l'âge de 16 ans. Brigitte Bardot puis Alain Delon la feront tourner avec eux à ses débuts. C'est sa cousine Vanessa Schneider qui a fait le récit de sa vie, adapté dans ce biopic.
Lorsque Maria a 19 ans, Bernardo Bertolucci en fait la partenaire de Marlon Brando dans Le Dernier Tango à Paris. Elle tournera encore e.a. Profession : reporter avec Antonioni, et dans une vingtaine de films, dont un de Jacques Rivette évoqué dans le biopic, ainsi que Mama Dracula de Boris Szulzinger. Comme j'étais l'assistant de ce réalisateur, j'ai connu cette actrice, de très près. Le tournage d'une scène de ce film est évoqué à juste raison.
Et j'ai gardé un souvenir très pénible de l'état de cette jeune femme, toxicomane et ravagée par le véritable viol dont elle avait été victime, face caméra, au motif insoutenable qu'il faut préserver la surprise pour avoir une réaction naturelle.
Anamaria Vartolomei incarne le rôle de façon absolument exceptionnelle. Nous l'avions admirée e.a. dans le rôle de Mademoiselle de Montpensier (*L'Échange des princesses*-463) où elle était déjà éblouissante.
Ce film-ci peut être vu en même temps de trois façons différentes. L'attrait des ragots de caniveaux où empestent des destins tra-giques. Ce n'est en rien le cas, même si les ravages de la drogue sont montrés sans fard.
Une réflexion complexe sur le rôle de l'acteur, sa relation au personnages incarnés et au réalisateur omnipotent. Ce qui est évoqué avec une grande subtilité et toutes les nuances nécessaires.
Enfin, un constat sur la nécessité des aménagements radicaux intervenus dans le monde du cinéma depuis #MeToo, notamment le coach, la conseillère d'intimité sur les tournages pour éviter certains types de comportements et d'excès.
La réalisatrice a maîtrisé de façon parfaite ces différents niveaux du récit et il n'est pas indifférent de mentionner qu'elle fut stagiaire sur un film de Bertolucci, Innocents -- The Dreamers.
Il faut aussi citer la remarquable jeune actrice Céleste Brunnquell qui apportera à Maria le seul amour dont sans doute elle avait été tant privée. Nous l'avions admirée déjà dans L'Origine du mal (1053) La Fille de son père (1273) Une affaire de principe (1465).
Le style de la mise en scène, d'une sobriété et d'un classicisme élégant, fait merveille pour éviter toute ambigüité, tout voyeurisme et laisser à chacun sa dignité, quelles que soient les situations décrites. Une très belle construction autour du regard, celui porté, celui perçu qui expriment l'estime ou le mépris, la convoitise ou le dédain. Ici, l'admiration.