N'ayez pas peur, ce n'est pas un film d'épouvante fait pour inspirer vos cauchemars. C'est un film important sur un sujet difficile et ce scénario est fait pour susciter la réflexion, celle liée aux criminels de guerre.
La chasse aux nazis n'a provoqué que soutien et admiration. En soulevant la question essentielle du choix entre vengeance et jus-tice. Mais qu'en est-il aujourd'hui pour les populations dont les pays ont été martyrisés par des tyrans sanguinaires, dont certains encore au pouvoir ? Que vous soyez du côté des vainqueurs ou des victimes exilées, la perception des crimes de guerre ne saurait être équivalentes.
En ouverture du film, le pays que nous découvrons dans une courte séquence est la Syrie. L'action ensuite se déroulera en France, en Allemagne et brièvement au Liban (images tournées en Jordanie). Nous suivrons un intellectuel, professeur d'université, qui essaye de survivre en Europe et qui ne peut pardonner aux jihadistes. Avec la cellule Yaqaza (en français Le Réveil), il est en recherche d'un cri-minel dont la photo est floue. Il sera recherché en utilisant tous nos sens : l'odorat, et l'ouïe en particulier pour le retrouver, l'identifier avec certitude car ce bourreau s'arrangeait pour ne jamais être vu par ses victimes. Il est intéressant de noter que dans ce monde des exilés suspicieux vis-à-vis de leurs propres « nationaux » c'est par un échange culturel que s'établit la reconnaissance et la confiance entre deux personnes.
Les journalistes Nicolas Hénin et Pierre Torres ont enquêté durant des années, et non sans risques, sur ce travail de recherche des criminels syriens, en particulier en Allemagne.
Il ne faut rien révéler de l'évolution de cette recherche secrète, de cette enquête officieuse à laquelle nous assistons, menée par le personnage du film, interprété par Tawfeek Barhom que nous avions admiré dans Boy From Heaven - La Conspiration du Caire (1040), un autre film plein de mystères complexes à décrypter.
Le réalisateur nous propose ici sa première fiction (et cela se sent un peu dans la construction de la narration qui n'est pas toujours très claire) mais son parcours cinématographique l'a amené partout dans le monde où il a collecté des images, réalisé des docu-mentaires qui posent des questions essentielles sur nos destins ; sans doute n'est-ce pas anodin de la part d'un homme qui a étudié la philosophie et qui nous immerge ici dans des problématiques nombreuses, douloureuses et très rarement traitées avec une telle subtilité.
Les fantômes ici sont bien dans leur fonction de contes, mais pas pour enfants.