Il est des films qui reposent tout entier sur l’acteur qui incarne le personnage central. Jean Rochefort est ici de tous les plans ; il est sublime. Un homme que l’âge et le chagrin d’avoir perdu sa fille préférée, accablent.
C’est truculent, drôle, tendre et merveilleusement bien observé. La fille de cet homme qui disjoncte de plus en plus, est admirablement interprétée par Sandrine Kiberlain femme dans la maturité qui assume sa liaison rendue difficile par le poids du père vieillissant, l’usine qu’il a fallu reprendre et un fils à finir d’élever. Assumer aussi toutes les « petites » choses qu’un parent vieillissant génère : sa « surveillance » par des employées de maison, la dégradation de ses fonctions naturelles, des propos en public qui sont hilarants, sauf pour ceux qui les entendent autour de la table que la famille occupe au restaurant, la diminution progressive de l’autonomie que l’âge provoque de mille façons.
C’est tellement bien vu, sensible, admirablement interprété, fil-mé de façon classique, sans aucune sophistication. Mais avec beaucoup de tact, d’humour. Philippe Le Gay a bichonné un scénario très fin, d’une grande subtilité sur ce passage douloureux de l’autonomie à la décrépitude cérébrale et physique. Émouvant. Tendre. Et tellement bien observé, bien restitué. Alceste à bicyclette avait déjà beaucoup séduit. Ici le spectateur est vraiment sous le charme, ému, attendri, souriant et le cœur serré. Un film à voir absolument par tout qui va avoir ou vit les problèmes qu’inévitablement posent les parents qui déclinent.
Petite touche personnelle : Alceste à bicyclette est le dernier film auquel j’ai amené ma Mère. Ce film-ci est en quelque sorte l’évocation de ce qu’elle a vécu depuis et que nous avons partagé tous autour d’elle : la perte d’autonomie, la dégradation progressive, la gestion qu’il faut faire de ses affaires, le trouble de ses relations sociales, les décisions difficiles de placement en institution etc. Bouleversant.