Un coup d'éclat exceptionnel, un documentaire d'une richesse, d'une intensité, d'un intérêt abyssal. Ceux qui ont connu la période de « décolonisation » au début des années soixante, ceux qui l'ont étudiée, ceux qui l'ignorent, tous trouveront dans ce film une richesse d'informations réunies, révélées, confrontées comme rarement sur un sujet aussi (mé)connu et important.
Il est rappelé qu'en pleine guerre froide, la question du nombre d'états votant à l'ONU allait devenir cruciale pour les USA face à l'URSS de Khrouchtchev.
Il est rappelé aussi que le Congo est un pays extrêmement riche et que les Congolais sont pauvres ; pas l'Union minière du Haut Katanga dont le rôle est à nouveau mis en lumière, en particulier sa privatisation opportune en 1960 justement...
Et il est rappelé que l'uranium nécessaire au développement de l'armement atomique provient essentiellement de ce territoire convoité aujourd'hui encore pour ses incroyables richesses minières.
Le cinquième documentaire de ce réalisateur belge, anthropologue de formation, écrivain, spécialiste des médias audiovisuels nous donne envie de découvrir l'ensemble de son œuvre tant son style est singulier, puissant et riche aussi bien par le contenu que par la mise en forme.
Le montage d'archives parfois inédites, en noir et blanc et en couleur, donne une richesse originale à l'image avec ses titres, ses graphismes colorés et surtout une bande sonore remarquable, mixée avec talent par Alex Goose.
La musique y occupe une place centrale parce que les grands noms du jazz ont été instrumentalisés pour vanter la démocratie à cet immense pays au moment de son indépendance, mais avec l'intention de dissimuler le rôle des E.U. dans la déstabilisation de cet État à peine indépendant. Ce rôle d'ambassadeur fut d'autant plus paradoxal et hypocrite qu'à l'époque la ségrégation était encore la règle aux USA.
L'excellent documentaire Lumumba, le retour (1212) semble être un complément très enrichissant sur le même sujet.
En cette période fertile en débats sur la responsabilité, les excuses, les indemnisations, les restitutions de biens en lien avec la période coloniale, ce film contribue de façon extrêmement riche, documentée et originale à la réflexion nécessaire pour dépasser accusations et remords, culpabilité et cynisme.