Nous sommes dans les Vosges et en Meurthe-et-Moselle en 1992 et nous ne quitterons pas cette région pendant 2 heures 20 et une longue période qui transformera les protagonistes de façon convaincante.
L'histoire est simple comme souvent dans les films coming of age. Nous allons suivre essentiellement un garçon boutonneux, peu sûr de lui, qui va essayer timidement de s'affirmer. Au début du récit, il a 14 ans, ce moment où l'on abandonne le vélo pour la mobylette, ce qui va entraîner de sérieux problèmes familiaux et au-delà.
Ce garçon est magnifiquement interprété par Paul Kircher (*Le Lycéen -- 1081 - Le Règne animal -- 1289) et ses parents sont très convaincants en modestes ouvriers (Gilles Lellouche et Ludivine Sagnier). L'amie de cœur sera Anaïs Demoustier, méconnaissable. Un mauvais garçon interprété par l'excellent Raphaël Quenard a une courte scène très forte.
Tout le casting est très homogène et bien dirigé : les copines, les autres adultes, les (mauvais) copains, protagonistes dont les rôles sont habilement dialogués.
Ce qui est intéressant à mes yeux dans ce film c'est l'arrière-plan social et industriel, celui de l'arrêt de la métallurgie avec ses retombées délétères. On mange beaucoup de spaghettis, on boit un peu trop, on se contente de petits boulots, le racisme s'exprime à mi-voix, les petits trafics en tous genres permettent de survivre. Et les comportements entre les gens, l'état du vivre ensemble, reflètent bien cette décrépitude d'une région qui perd sa valeur et ses valeurs.
Les frères jumeaux qui réalisent ici leur troisième film (*Teddy et L'Année du requin -- 1016) font un travail soigné mais qui ne va pas entrer au Panthéon du cinéma intellectuel.
C'est ce qui fait aussi le charme de ce film-ci : la simplicité, la justesse de ton, la sensibilité « France profonde » et sans doute cette provocation de montrer des adultes qui ne traitent pas leur descendance en enfant roi.