Nous sommes en 1759 sur « l'île de France » située à l'Est de Madagascar.
Pour apprécier le film, il faut savoir que cette île inhabitée avait été découverte par les Arabes au Xe siècle.
Les Portugais s'installent dans l'Océan Indien et occupent un moment cette île à partir de 1511.
Cette « île de France » est l'île Maurice abordée le 18 septembre 1598 par un néerlandais qui nomme l'île par le prénom du fils de Guillaume d'Orange.
Ce sont les Hollandais qui importèrent sur l'île, entre autres animaux et végétaux, la canne à sucre. Des pressoirs à main furent imaginés et construits alors. Le film nous en montre.
A la fin du règne de Louis XIV, l'île devient française en 1715 et elle change de nom. C'est la période qui est celle du film.
Les Anglais prendront le pouvoir sur l'île en 1810 et il faudra attendre 1835 pour que soit aboli l'esclavage et 1992 pour que la République mauricienne soit indépendante.
Les esclaves qui sont l'objet de ce film sont massivement d'origine sénégalaise et parlent wolof. Nous avions entendu cette langue dans Atlantique (739) et Le Voyage de Talia (1200). Ce sont les relations avec les colons français qui sont montrées dans ce film passionnant.
Beaucoup d'esclaves fuiront, ce qui leur vaudra le nom de « marron » utilisé à partir du milieu du XVIe siècle. Ce mot d'origine espagnole (cimarrón) désigne les habitants des cimes, et est utilisé pour caractériser les animaux qui retournent à l'état sauvage.
Bernardin de Saint-Pierre, dans Paul et Virginie évoque les « marrons ».
Les propriétaires d'esclaves, rôle tenu par Benoît Magimel, sanctionnaient ceux-ci d'une façon que vous découvrirez, dans le but de les empêcher de prendre la fuite. Le personnage de chasseur d'esclave incarné par Camille Cottin est une dame célèbre alors, qui fut payée par la couronne pour prendre en chasse les esclaves qui faisaient du « marronage » pour tenter d'échapper à leurs chaînes et à leurs maîtres ! La fin du film est inspirée par un fait historique qui s'est déroulé dans le sud de l'île, sur une falaise.
Dans ce film, les croyances ancestrales sont évoquées comme le Tiédos, guerrier wolof, opposé à l'esclavage, à la colonisation, à la chrétienté et à l'islam.
Le récit très dense semble un moment s'étirer lorsque la structure du scénario devient celle d'un survival un peu longuet mais captivant par de nombreux détails, celui entre autres qui nous apprend comment les hommes vivants en forêt marquaient leur chemin et s'orientaient grâce au soleil. Twelve Years a Slave (093) est un film qui, sans doute a inspiré le réalisateur lorsqu'il montre le sort de ces gens si mal traités.
La photographie crée des images très élaborées et ce n'est pas rien de filmer des noirs dans le noir... Le réalisateur réussit un premier film dont l'intérêt principal est son actualité émouvante avec les peuples d'Afrique qui, aujourd'hui encore et au péril de leur vie, se lancent sur la mer dans des voyages incertains sans prendre conscience qu'ils vont s'enchaîner à de nouveaux maîtres.