Firebrand désigne un brandon, un feu qui couve, un débris enflammé et métaphoriquement une source de discorde. Le jeu de la Reine est celui de la sixième et dernière épouse d'Henri VIII.
Alors une petite piqure de rappel est bien utile pour apprécier maints aspects du scénario.
Naissance d'Henri Tudor en 1491, il devient roi d'Angleterre en 1509 à la mort de son père. Son frère ainé Arthur était décédé et Henri épousera, à 12 ans, sa belle-sœur veuve, Catherine d'Aragon de 5 ans son ainée. Le souci du maintien des bonnes relations avec l'Espagne en est le motif principal. Cette dame étant la belle-sœur de son mari, l'Église voit la chose d'un mauvais œil.
Ce qui sera le début de maintes discussions.
Marie Tudor, la sœur d'Henri VIII sera la seconde épouse de Louis XII. Veuve, elle reviendra en Angleterre où son frère n'arrive pas à avoir d'enfant. Très catholique, il échafaude avec Thomas More une raison d'annuler son premier mariage. Le deuxième mariage en 1533 sera avec Anne Boleyn, reine consort, elle sera la mère d'Elisabeth. Cromwell devient le principal conseiller du roi alors que nait l'église anglicane. Anne sera décapitée le 19 mai 1536 accusée d'adultère avec son frère. Troisième mariage avec Jane Seymour dont nous retrouverons les frères dans le film. Elle sera la mère d'Edouard, demi-frère d'Elisabeth, que nous verrons aussi dans le film. Jane meurt suite à cet accouchement. La quatrième épouse, en 1540, sera Anne de Clèves, à ne pas confondre avec le personnage de Madame de La Fayette. Mariage aussitôt annulé.
Le 28 juillet 1540 Cromwell est exécuté et Henri VIII épouse Catherine Howard, sa cinquième femme. Elle sera décapitée pour inconduite le 13 février 1542. En juillet 1543, c'est Katherine Parr qui est épousée par un souverain pesant près de 180 kg et dont la jambe est très abimée. La nouvelle reine s'intéresse beaucoup à la Réforme.
Dans le film, la mort d'Henri VIII telle que mise en scène, est totalement fantaisiste.
Son fils Edouard VI lui succède à l'âge de 9 ans. Il meurt à 15 ans et c'est Jeanne Grey, reine de 9 jours, petite fille de Marie Tudor, la veuve de Louis XII qui sera brièvement souveraine. Ensuite c'est Marie demi-sœur d'Edouard VI, fille de Catherine d'Aragon qui lui succède. Elle fera décapiter Jeanne. Celle qui monte sur le trône anglais sous le nom de Marie Ière sera l'épouse de Philippe II d'Espagne en 1554. Très catholique elle fit brûler 280 réformateurs, ce qui lui valut le sobriquet de Bloody Mary et lorsqu'elle meurt en 1558, c'est Elisabeth Ière, sa demi-sœur, chef de l'église d'Angleterre, qui débute son long règne, le dernier des Tudor.
Jacques Ier, en 1603, à la mort d'Elisabeth, débute la généalogie régnante des Stuart.
Si la filmographie de Katherine Parr est très peu développée, Henri VIII a été incarné au cinéma 70 fois déjà, et je ne suis pas certain que cette fois-ci sera la plus convaincante historiquement.
Mais visuellement la restitution de l'époque m'a semblée remarquable, chatoyante, admirablement photographiée et cadrée de préférence en plan « buste » ce qui donne à la fois un sentiment de proximité avec les personnages et d'enfermement dans un univers étroit.
Le procédé qui consiste à faire entendre la voix de la jeune Elisabeth pour nous commenter ce qui se passe est utile mais peu concluant. La description « rustique » du roi est très appuyée : il renifle, se mouche, baise comme une brute et souffre des jambes d'une façon puante. Un parfum répugnant était utilisé lors du tournage de certaines scènes pour mettre les acteurs dans l'ambiance. En outre son état paranoïaque rend ses sautes d'humeur et ses comportements pratiquement illisibles.
Mais tous les spectateurs comprendront que ce film se veut féministe, donnant à la reine un rôle qu'elle n'a pas eu mais qui permet de développer son personnage intellectuel, calculateur et qui se révolte autant qu'il est possible. Quelques scènes au début, un peu didactiques, nous baignent dans les enjeux idéologiques de l'époque dont nous ne découvrirons qu'une courte période, les derniers mois de la vie du roi.
De ce réalisateur d'origine algérienne, de formation brésilienne, nous avions apprécié un film déjà dans sa foisonnante production : La Vie invisible d'Euridice Gusmao (708) film féministe aussi, d'une grande subtilité. Ici, le sujet me parait abordé de façon plus appuyée, moins nuancée, plus démonstrative, mélangeant les genres. Mais cela n'enlève rien à la beauté de l'époque reconstituée et dont j'ai cru utile de rappeler le contexte pour en mieux profiter.