Ce film est donc la suite (*séquelle pour parler snob) du succès exceptionnel remporté par celui de 2019 réalisé aussi par Todd Phillips avec le même chef opérateur et le génial comédien Joaquin Phoenix, cette fois en duo avec la non moins géniale Lady Gaga.
Ce 1^er^ film a battu tous les records de recette, au-delà du milliard de dollars, pour un coût de production annoncé de 55 millions de dollars.
Un tel engouement soulève évidemment quelques questions.
Toutes les immenses qualités du film de 2019 m'avaient impressionné. Certains esprits chagrins déplorent de ne plus les retrouver toutes ici. Mais c'est que le propos a changé, qu'il faut s'intéresser à plus qu'à la schizophrénie et au rire sarcastique de ce clown mal maquillé et terrorisant qui a 5 meurtres à son actif.
C'est le succès du précédent film qui est cette fois interrogé. Pourquoi une telle crapule devient-elle un mythe, quel est le rôle des réseaux sociaux dans un tel engouement, quelle est la fonction des influenceurs et la responsabilité du narcissisme ambiant dans ce genre de délire collectif. L'histoire se déroule à une époque sans internet, 1984 mais la foule qui manifeste et hurle, exprime, me semble-t-il cette vox populi relayée aujourd'hui par ces réseaux sot-sot.
A voir les images de l'assaut du Capitole, des funérailles enflammées de certains leaders enturbannés, à constater le soutien dont Trump jouit encore malgré ses propos de malade mental, il faut lire ce film comme une invitation à prendre conscience de ces très graves dérives.
Le film commence par un dessin animé qui marque la distance entre fiction et réalité de façon amusante et significative. Ces images montrent en particulier un tapis rouge que l'on déroule pour notre héros et un baiser macho qu'il impose brutalement à une jeune employée. Ce n'est pas un hasard.
Le Joker, de son vrai nom Arthur Fleck, est en prison et le jour de son jugement approche. Une fois encore, le réalisateur a choisi de nous montrer une justice qui ne maîtrise plus ses dossiers dans nombre de séquences façon « film de prétoire » qui se transforment en spectacle de guignol.
Mais un romantisme soudain s'immisce dans le quotidien de ce détenu : il y a des cours de chant auxquels participe une dame très éprise de notre prisonnier. Elle prétend avoir vu maintes fois le film qui lui a été consacré. Et comme la musique est utilisée pour faciliter le retour à un contrôle de soi chez ces délinquants, nous allons voir et entendre nombre de morceaux classiques, de la danse, de la comédie musicale, de la chanson à texte. Vous entendrez chanter For once in my life I have someone who needs me en un seul long et beau plan, parmi tant d'autres standards dont Ne me quitte pas dans sa version anglaise (*If You go away) chantée d'abord a capella par Phoenix accroché à un téléphone de cabine publique.
Petit à petit, la musique le soutient doucement dans son désespoir. Les nombreux et remarquables gros plans des visages permettent sinon de le partager, au moins de le ressentir.
Dans une forme baroque appuyée, ce récit nous renvoie à maintes questions graves, la maîtrise de soi, la responsabilité, etc. qui sont sous-jacentes à l'histoire qui au premier degré pourrait sembler chaotique et construite pour que s'enchaînent des moments de comédie musicale, des phantasmes, d'autres de confrontations comme dans la prison, un incendie, une explosion façon attentat terroriste. Bref des moments de cinéma dont le sens n'est pas accessible à première vue et qui nécessitent un moment de recul et de réflexion.
La fin du film ne laisse aucun doute sur le fait qu'il n'y en aura plus d'autres. Donc ne ratez pas celui-ci pour prendre connaissance d'un phénomène qui interpelle notre société.