Un long film qui fera polémique e.a. parce qu'il essaye de nous vendre l'idée provocante et naïve que l'amour est rédempteur, même pour les plus infâmes crapules. L'amour excuserait tout. Bref, une mixture de film romantique et policier violent avec une coming-of-age story à la Zola, une note de comédie musicale et une ambiance de film de revange.
L'histoire est interprétée par 4 acteurs (excellents) qui forment couple à deux moments de leurs vies, séparés de plus de dix années. Malik Frikah est ce petit gamin mal élevé qui, à l'adolescence, drague lourdement et tient des propos de matamore de banlieue. Il est remarquable et sa carrière le démontrera très vite. Il arrive à séduire Mallory Wanecque, fille de bonne famille, mieux éduquée, mais éprise du prestige de la canaille. Admirée déjà dans Les Pires (1085) Comme un prince (1330) et Pas de vagues (1394) où elle était confrontée à François Civil. Ce n'est pas le cas ici, car il joue le rôle adulte de façon très convaincante avec Adèle Exarchopoulos qui me semble, à chaque fois, déployer des aspects nouveaux de son talent, ici dans le rôle adulte d'une groupie mollassonne au caractère torturé. Elle a eu le réalisateur comme collègue dans la distribution de l'excellent Je verrai toujours vos visages (1146). Il faut mentionner aussi un Alain Chabat en père émouvant et un Vincent Lacoste, excellent comme chaque fois, qui nous charme. Raphaël Quenard et Benoît Poelvoorde (au casting déjà de Le Grand Bain et qui aurait recommandé le roman à l'origine de L'Amour ouf au réalisateur), Élodie Bouchez, Karim Leklou, tant d'autres constituent un casting de très haut vol mais qui finit par donner l'impression d'un film de copains qui se retrouvent pour surenchérir chacun dans leur style dans ce film dont l'histoire « classique » est celle d'une descente aux enfers façon VIP : rien ne manque à leurs besoins.
Et pour pimenter ce récit, il est « déconstruit », mélangeant les périodes et les parcours des principaux protagonistes. Cela distance la narration de façon parfois dommageable car lorsqu'on suit par exemple le couple Exarchopoulos-Lacoste, on en oublie un peu le reste car ils sont excellents. C'est eux d'ailleurs qui assumeront la métaphore de la violence, celle des porte-flingues d'une part et celle, intime, du couple. Tentative du réalisateur de nous faire comprendre une certaine équivalence ? Peut-être...
Cette adaptation du roman irlandais Jackie Loves Johnser Ok ? de Neville Thompson est réalisée avec un soin méticuleux, décors, l'utilisation de la caméra sont dans chaque plan, d'une très grande recherche de qualité. Et la bande sonore est de haut vol également. Laurent Tangy est le chef opérateur qui collabora déjà à un précédent film de Lellouche Le Grand Bain (554) et qui, ici, maîtrise remarquablement une méga production française dans laquelle la Belgique intervient aussi. Le film a été écrit en collaboration avec Audrey Diwan, réalisatrice déjà de L'Évènement (924) et Emmanuelle (1554) et avec aussi Julien Lambroschini qui s'était déjà mouillé pour Le Grand Bain e.a. tout comme Ahmed Hamidi qui avait coscénarisé La Marche (97).
Ce film présenté à Cannes a fait l'objet d'un bashing peu commun et qui montre combien les critiques sont critiquables ; ils parlent d'eux et pas de ce film, certes exigeant et qui manque peut-être de la grande maîtrise d'un chef d'orchestre façon Tarantino, mais qui n'en est pas moins une œuvre forte, interpellante et malaisée. Comme il convient à un film qui ose prendre des risques fous, mais ouf, c'est passionnant.