La traduction du titre est « Les Bains du diable » expression signifiant l'emprise maléfique sur les âmes, celles des femmes le plus souvent.
Voilà qui n'est guère engageant alors que le film est passionnant qui nous fait partager la vie d'une petite communauté très rustique dans une forêt de Haute Autriche, au milieu du 18^e^ siècle.
L'image fixée sur pellicule 35 m/m est d'une impressionnante beauté qui restitue la ruralité austère, les logements très sommaires, les sous-bois, les torrents, les lacs où se pratique une pêche artisanale et vitale.
Le Caravage, Georges de La Tour, Rembrandt, Turner et ses brumes ont inspiré la très grande beauté du film.
L'histoire débute à l'occasion d'un mariage, après une séquence annonciatrice d'effroyables malheurs. C'est la femme qui sera le personnage central, mal aimée par sa belle-mère et par un mari impuissant, ce qui dans ce monde rural est la cause de la pire des choses : l'absence d'enfant. Nous suivrons les tourments de cette jeune femme, ses désillusions, ses souffrances morales et physiques intenses. Puis son désir d'en finir. La seule autorité dans cette petite société est religieuse, très primitive et d'une crédulité crétine.
Le film réalisé par une femme et un homme est bien entendu très « féministe » en ceci qu'il nous montre ce que furent les destins terribles de ces épouses à une époque où elles étaient considérées à peine mieux que les bêtes de somme et maintenues sous l'emprise d'un clergé omnipotent.
Une des qualités remarquables du film est sa bande sonore qui nous fait entendre une musique mêlée à des bruits que l'on pourrait qualifier d'onomatopées de la souffrance. Il n'en manque pas dans la vie de cette femme dépressive qui a été « prise dans le bain du diable » comme l'on disait des personnes asthéniques qui en arrivaient à ne plus redouter la mort, mais à l'appeler de leurs vœux. La comédienne, dont c'est le premier film, est la compositrice des musiques du film. Une curiosité encore : l'absence de témoignage sur la façon dont, à l'époque, les gens s'habillaient, se coiffaient, ont amené la production à imaginer tous ces éléments d'une façon qui me semble très crédible.
Le cinéma, une fois encore, nous permet cette immersion dans une époque et des vies que même notre imagination ne nous permettrait pas de connaître si on ne les voyait ainsi restituées et réincarnées de façon saisissante. N'hésitez pas à plonger dans le bain de cette histoire originale et très impressionnante.