Très inquiétant ! A voir absolument même si vous n'êtes pas ou plus en contact avec les milieux scolaires de grands adolescents qui n'imaginent plus une vie sans téléphones portables.
La structure du récit est une proposition narrative originale et très habilement construite : le film commence par le climax que nous retrouverons à la fin, et toute l'histoire qui nous amène là est filmée de façon plus classique sauf que, très bien mise en scène, la jeune fille qui est le personnage central, se dédouble et apparait à la fois dans l'action au premier degré et, de loin en loin, comme un fantôme invisible pour les autres, qui assiste à sa propre vie.
Quelques jours de sa vie se déroulent sous nos yeux. Liens avec le couple de parents, vie scolaire, amours débutantes et attachements entre camarades de classe sont développés finement. Et ces relations délétères sont décrites admirablement.
Ces jeunes filles sont cash, elles se croient capables de gérer l'info et à la moindre objection, à leur tour, elles objectent un oui carrément qui cache mal leur impuissance à maîtriser les perfidies qui surgissent au fil des échanges assassins entre-elles. Ces chipies s'invectivent à coup de Tu la rabaisses puis d'excuses totalement dénuées de sincérité et lorsqu'une trêve est demandée c'est sous cette forme : sois gentille pour une fois, ça nous fera des vacances. Dès qu'une assertion est dérangeante, elle est qualifiée de n'importe quoi ou rejetée par le déni, façon C'est une blague, sans prendre la mesure de la blessure imposée.
Ces signes inquiétants ne sont pas perçus, pas décodés par les adultes et lorsqu'on en arrive à un bashing d'inspiration sexuelle, il n'y a plus de limites : les chaudasses, les meufs et autres interpellations infâmes deviennent la fierté de celles et ceux qui les profèrent souvent sous la pression et la surenchère provoquées par l'effet de groupe, de meute.
Il ne faut plus s'étonner qu'aujourd'hui, une femme adulte s'adresse à une autre en ces termes : Cela ne vous pose aucun problème de baisser votre petite culotte jambes grandes ouvertes pour commenter un sujet qui n'a rien à voir avec ce genre de propos qui envahissent comme du venin, les échanges sur Tik Tok et autres réseaux sociaux dont raffole toute une génération.
La réalisatrice avait déjà traité avec talent un sujet analogue, celui du secret, dans Faut pas lui dire (344) qui était lui, très amusant. Ici toute la place est donnée à l'émotion profonde qui monte comme l'eau annonciatrice d'une inondation bouleversante. La comédienne Lanna de Palmaert est parfaite et ce premier rôle promet une potentielle grande carrière.
Elle est remarquablement entourée par un casting très convaincant et une des dernières scènes qui réunit tous les proches de la lycéenne pour un interrogatoire, est un moment d'anthologie durant lequel chacun assume un type d'harceleur.
Ne laissez plus évacuer un souci relationnel par un TKT vite grommelé sans que l'on sache si c'est pour cacher un problème ou préserver la sensibilité de celles et ceux que cela pourrait affecter. Le film le démontre de façon inquiétante et remarquable.
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C'est le monde à l'envers
Nicolas Vanier
2024/10
Oui, mais allant vers où, vers quoi ? Le début de l'histoire est traité de façon très dynamique qui nous montre un trader au bord de l'apoplexie car les catastrophes climatiques qui s'abattent sur la terre créent une panique planétaire. C'est très bien montré.
Alors il faut fuir et se réfugier dans une ferme du Morvan. Là, petit à petit les choses prennent une tournure moins apocalyptique et doucement renait l'espérance.
Tout est prévisible dans le récit, le traitement cinématographique est assez convenu, le jeu des acteurs très appuyé. Mais cela n'enlève rien au plaisir rural de ce genre de récit qui hésite entre faire rire et faire la morale. De ce réalisateur, nous avions apprécié déjà Champagne (991) et nous retrouvons ici le même goût pour la nature, pour le film choral et les dialogues très travaillés. Un livre au titre analogue a été publié par ce réalisateur qui aborde les questions de sobriété, d'utopie, de retour à la nature. C'est aussi voir l'écologie sous un angle à la fois jouissif et instructif ce qui insère ce film dans ce courant bien utile, mais cette fois de façon assez ludique. Les dialogues font mouche et cette réplique entre le trader surmené avec sa montre de super luxe et le baba cool, est exemplaire de ce que le film veut nous dire : Toi tu as la montre ; moi j'ai le temps.
Prenez le temps de découvrir ce monde à l'envers ; il fait rêver.