Une parfaite réussite. Voilà le cinéma en majesté : reconstitution d’une époque (14/18) portrait d’une société bouleversée par l’histoire, description fine d’une femme au destin exceptionnel qui deviendra militante pacifiste et écrivaine de grande renommée.
La guerre éclate et le monde bascule dans les petites choses de la vie. Mais dans les vies même qu’elle arrache à coup de mitraille. Toutes les questions de l’époque sont abordées avec tact et nuance : la formation universitaire revendiquée par les femmes, la liberté de leurs amours, l’engagement patriotique des jeunes hommes, le devoir de servir, la mort qui ravage aussi les familles, les survivants, la bêtise humaine incandescente si bien décrite comme dans A l’ouest rien de nouveau par exemple.
Alicia Vikander est éblouissante de talent, de sensibilité et d’émotion contenue. Si ce n’est pas son premier film important, c’est certainement celui qui marquera les esprits tant elle incarne admirablement cette personnalité à la frontière entre la suffragette, l’infirmière héroïque et l’intellectuelle en révolte contre sa classe sociale.
Le cinéma anglais peut ainsi produire des grands films où tout est maîtrisé au plus haut niveau : les costumes (quelle galerie de chapeaux !), les accessoires et les décors, la photographie certes
« classique » mais tellement belle, les images de nature (les sous-bois, la plage, le cerisier en fleur, les landes,...) bien entendu les voitures et les trains, les gares :
Pourquoi l’heure que voilà Où finit notre enfance
Où finit notre chance Où notre train s’en va
Pourquoi ce lourd convoi Chargé d’hommes en gris Repeints en une nuit Pour partir en soldats Pourquoi ce train de pluie
Pourquoi ce train de guerre Pourquoi ce cimetière
En marche vers la nuit
La musique est très prenante, et soutient admirablement ce récit qui, une fois de plus, repose sur un scénario millimétré. Il n’y a pas une longueur, les choses s’enchaînent naturellement, et mis à part l’effet de flashback de début, d’une façon simplement chronologique. Les cadres sont admirables de précision, comme les mouvements d’appareil. Regardez avec quelle subtilité l’écran panoramique « coince » les visages des acteurs en gros plans lorsque leur situation est tendue ; cela souligne très finement le malaise psychologique par une sorte de déséquilibre voulu de l’image. Du tout beau cinéma. Et quelle merveille de dialogue.