Petit Charles. Ce long biopic est un film de « glace et de feu » plein de qualités, mais hagiographique, ce qui nuit un peu à son intérêt. Un documentaire remarquable, Le Regard de Charles (701) m'avait énormément intéressé et, par comparaison, donnait de cet immense artiste, une image plus âpre, plus juste et moins consensuelle, moins people.
Les réalisateurs de ce film-ci avaient collaboré déjà pour Patients (369) et La Vie scolaire (687) et ils se sont attaqué cette fois à l'impossible.
Alors commençons par ce qui m'a paru très réussi, par l'émotion qui envahit le spectateur à plusieurs moments de l'histoire : les Arméniens martyrs en exil, la libération de Paris après la peur terrible vécue par les compatriotes de Missak Manouchian fusillé le 21 février 1944.
Aussi la chanson Comme ils disent visionnée à la télévision par ceux-là même dont elle parle sans fard et, sans doute pour la première fois, avec respect. Puis l'annonce du décès d'un fils, le rôle central de l'argent dans la vie de cet artiste qui n'a jamais obtenu la reconnaissance la plus convoitée par lui, celle d'un homme de lettres, alors qu'en 2004 pourtant il a été fait commandeur de la Légion d'honneur. Les critiques imbéciles et infâmes de la presse sont bien soulignées qui jalonnent sans talent les carrières de celles et ceux qui en ont.
Et sans doute la fin du film qui, en quelques plans, rappelle l'immense artiste dont l'histoire vient de nous être résumée depuis sa jeunesse jusqu'à son apogée illustre (bien que l'original soit meilleur que l'interprète)
La conséquence de ce nombre excessif d'années est que rien n'est traité en profondeur.
Un chapitrage permet d'avancer dans le temps, mais la partie consacrée à l'ascension vers le succès est trop longue, répétitive.
Le nombre des personnages croisés est considérable, certains archi-connus, d'autres qui le sont moins mais qui ont joué un rôle important dans la carrière du chanteur. C'est parfois amusant, rarement convaincant et le rôle de Piaf est une vraie catastrophe. Son personnage est mal écrit, mal joué et bien loin de La Môme dont tout le monde se souvient.
D'une façon générale, les dialogues sont calamiteux et l'on peut se demander comment il est possible de faire parler aussi mal tant de gens qui devraient avoir des expressions différenciées, percutantes, au lieu de ces échanges de répliques quasi scolaires.
Mais le plus décevant est sans doute ce malheureux Tahar Rahim qui n'a pas compris qu'on allait le mener à l'abattoir. De nombreuses séquences dans lesquelles il est filmé de dos ou à contre-jour attestent que chacun savait qu'incarner un artiste aussi présent dans nos mémoires ne pouvait que déboucher sur un à peu près navrant, malgré le très remarquable travail de maquillage de Kaatje Van Damme et les efforts de l'acteur pour donner à sa voix ce timbre si particulier qu'il arrive presque à imiter.
Bref, une parfaite illustration de la vaine tentative de faire du bon cinéma si le principal souci est de faire de l'audience Sur (l)a vie d'un défunt pas encore tout à fait refroidi. Heureusement l'œuvre de ce grand monsieur survivra pour la plus grande joie de ceux qui préfèrent l'original à l'imitation.