Le film commence par une excellente nouvelle : la mort du pape et nous allons suivre le prélat, doyen du Collège des cardinaux, chargé d'organiser l'élection du successeur lors de cette « mise sous clé » des cardinaux de moins de 80 ans rameutés de partout dans le monde.
Ralph Fiennes est souverain dans ce rôle qui est admirablement dialogué et superbement filmé dans un décor sublime, celui de la chapelle Sixtine et des appartements privés où est hébergé tout ce petit monde.
L'intérêt du film est double : nous informer sur cette procédure complotiste qui désigne le représentant de dieu sur terre, rien de moins.
Et la mise en évidence des enjeux qui sont âprement défendus entre progressistes et réactionnaires, comme c'est le cas bien au-delà du monde de l'église, ce qui donne une valeur universelle aux propos échangés entre ces vieilles badernes décaties qui laissent les militants parmi eux défendre les idéologies qui s'affrontent.
Le film est construit, certes en respectant la chronologie, mais surtout en dévoilant de plus en plus les turpitudes de ce milieu plein d'antagonismes dont vous entendrez les avocats les plus retors, plein d'onction mielleuse ou d'une véhémence de rhéteur, défendre des positions qui étonnent en ce lieu qui devrait être de tolérance.
Un aspect du scénario est intéressant qui donne aux sœurs un rôle d'abord de servantes aux cuisines puis, petit à petit, plus important idéologiquement et factuellement dans une histoire grave qui va animer les débats avec entre autres, Isabella Rossellini très convaincante en mère supérieure. C'est la touche « féministe » du film dans ce monde de vieux messieurs.
Une prérogative papale, la nomination d'un cardinal in pectore va nous révéler un autre aspect des tensions assassines qui circulent dans ce petit club de prélats imbus de leur rôle et qui prétendent définir la notion de bien au monde.
Tout cela est très codé et l'un de ces codes est vestimentaire. Soyez attentifs aux multiples détails liés aux costumes qui, à la fin du film, vont faire éclater un problème complexe en lien avec cette légende du fameux duos habet et bene pendentes.
Le metteur en scène allemand est très actif dans différentes productions et différentes fonctions. Il a été très remarqué avec A l'Ouest rien de nouveau et il signe ici sa sixième réalisation de long métrage. Un miracle de réussite, grâce à dieu.