C'est un oiseau rare, ce genre de récit qui nous immerge dans une banlieue anglaise ravagée par la misère, le long de la Tamise.
C'est une jeune fille métisse qui sera notre guide dans l'histoire de ce qui est plus une fresque sociale qu'un coming of age bien que les deux s'entremêlent d'une façon particulièrement sensible.
Cette jeune fille vit chez son très jeune père, avec un frère issu d'un premier mariage. Ce père prépare ses noces et nous assisterons à cette semaine de préparation chaotique.
La mère élève chez elle 3 plus jeunes enfants et cohabite avec une sorte de brute bestiale.
Voilà le contexte dans lequel un personnage étrange vient apporter une mystérieuse poésie.
Tout cela est filmé admirablement, au plus près des visages aux expressions souvent exaspérées. Chaque rôle, ceux des jeunes enfants en particulier, est d'une incroyable évidence, comme si la caméra était de reportage. Les téléphones portables servent aussi de caméra ce qui permet une sorte de « tableau dans le tableau » comme le composaient certains artistes dans la lignée de*s Ménines de Velázquez. Mais ici nous ne sommes pas dans une cours royale, mais plutôt, une nouvelle fois, dans un milieu semblable à ceux décrits par Ken Loach, décidément grand initiateur de ce type de cinéma social.
L'acteur allemand qui assume le rôle-titre, un peu magique, est Franz Rogowski déjà très remarqué e.a. dans Victoria (143) ; il est ici fascinant comme il l'était en compagnon de cellule dans A Hidden Life (757) ou dans Grosse Freiheit (932) ou aussi dans Discoboy (1201).
Le jeune père est magistralement interprété par Barry Keoghan admiré déjà dans Dunkirk (420) Mise à mort du cerf sacré, Les Banshees d'Inisherin (1086) e.a., c'est vous dire que le casting est exceptionnel et la jeune métisse est tout à fait à la hauteur.
Dans un brillant film précédent American Honey (359) la réalisatrice avait démontré toutes les qualités exceptionnelles qui font de Bird un film qui s'envole, très haut.