Ce film n'est pas produit en vain. C'est un documentaire passionnant et très émouvant qui nous raconte de façon spectaculaire la grandeur et la décadence du bassin sidérurgique liégeois qui a été anéanti : souvenez-vous, Cockerill, Dandois, Davignon, Mer, Usinor, puis finalement ArcelorMittal. Ce film raconte 10 années de luttes de ces ouvriers qui défendaient leur métier, parce que c'était leur gagne-pain, mais plus encore parce qu'ils l'aimaient comme on le dit d'un artisan passionné. Peut-être l'hydrogène va-t-il apporter dans l'avenir un peu d'air dans ce paysage industriel asphyxié.
Le film se compose d'interviews « conservatoires » pour que la parole des acteurs de l'époque ne disparaisse pas, tournés face caméra sur fond noir, dans un dépouillement et une parfaite simplicité, aussi d'images des lieux actuels, de très nombreuses et riches archives dont il était indispensable que l'on se les remémore.
Pour le plaisir du spectateur, des plans très impressionnants sont montrés de la vie d'une aciérie avec ses coulées de métal semblable à de la lave en fusion. Un haut-fourneau a une dimension qui dépasse l'imagination et l'entendement mais ce film permet de l'approcher au plus près.
Ce documentaire donne la parole aux sans voix, ceux que l'on a fait taire à coup d'autopompe et de gaz lacrymogène, quand ce n'était pas à coup de matraque.
Et si le film ne donne pas la parole aux responsables de ce désastre humain et industriel, c'est sans doute qu'ils n'ont pas grand-chose à dire au-delà du simple aveu que la loi du marché est la seule à laquelle ils obéissent, considérant avec cynisme que le personnel n'est qu'une variable d'ajustement, cette ressource que l'on fait varier en premier selon les supposés besoins pour la survie de l'entreprise et les dividendes des actionnaires.
C'est cette violence-là qui est mise en évidence par les syndicalistes de l'époque et par ce documentaliste dont nous avons admiré de nombreuses œuvres qui témoignent en Belgique de l'importance et de la qualité de ce cinéma essentiel, dit « le cinéma du réel ». L'Homme qui répare les femmes (124) Enfants du Hasard (380) L'Empire du silence (919) sont les films que j'ai commentés déjà de cet artiste qui fait couler dans nos veines ses convictions militantes, son talent et sa sensibilité.