Nous sommes dans la région de Venise, au printemps 1800, moment de l'accession au pontificat de Pie VII qui ne peut quitter cette région, le Directoire français occupant Rome depuis janvier 1798. De nombreux propos dans le film font allusion aux conflits qui opposaient alors la France et la papauté ce qui obligea le Conclave, suite au décès de Pie VI prisonnier dans le pays de la révolution, à se tenir hors de Rome.
Lorsque Napoléon Ier imposera son pouvoir en Italie, son fils sera « roi de Rome ».
Nous allons partager la vie d'une petite communauté comme il y en eut de nombreuses à l'époque, réunissant des jeunes filles, orphelines, élevées pour être des épouses, formées aux plus rudes tâches domestiques et aussi à la musique.
Quelques pécores de petite noblesse, hystériques, faisaient régner sur ce microcosme un pouvoir aussi arbitraire que dévastateur, avec la bénédiction d'un prélat gluant, visqueux, caractériel et misogyne comme on les aime.
Bien entendu l'intérêt du film réside dans la construction des défenses de ces jeunes femmes qui ne supportent plus d'être ainsi traitées. L'arrivée d'un piano-forte permettra une dynamique de groupe exceptionnelle parmi ces pensionnaires. Et la musique sera pour elles un vecteur puissant de prise de pouvoir symbolique dans une joyeuse scène qui nous permet d'entendre des accents africains tonitruants et cela lors de la visite aussi attendue que redoutée du nouveau Pape !
Un des moments intéressants est celui où l'une des filles révèle qu'elle sait un secret terrible, ce qui lui donne un réel pouvoir sur l'autorité qui ne supporterait pas qu'un tel fait puisse être divulgué. Si l'histoire souffre un peu d'imprécision et que les actrices ne sont pas toutes d'égal talent, il faut souligner deux belles réussites pour ce premier film. La photographie absolument superbe, inspirée de Vermeer, avec des coloris, des contre-jour, des clair-obscur qui donnent à l'image ce charme propre au cinéma qui nous transporte dans des temps où la chandelle était la seule source de lumière à défier la nuit (l'obscurantisme). Et une bande sonore qui relève avec audace un défi, une provocation : utiliser des rythmes et des sonorités qui sont volontairement anachroniques et font un pied de nez très féministe aux Gloria machistes, car le film se veut un hommage aux femmes musiciennes invisibilisées dans ce moment de l'histoire de la musique.