Ce réalisateur est l'un des plus talentueux du cinéma français : Le Redoutable (434) mais aussi les OSS 117, The Artist, Coupez (992) et il nous dévoile ici ce qu'il a de plus précieux : l'émotion retenue, intense et pleine de pudeur.
Deux moyens sont réunis : une histoire bouleversante inspirée d'un récit de Jean-Claude Grumberg et une technique de dessins animés qui créent une ambiance exceptionnelle où des visages à la façon d'Edvard Munch s'expriment dans l'univers des Mangeurs de pommes de terre de Van Gogh ou d'un Constantin Meunier qui aurait été inspiré aussi par la vie en forêt.
Et dans cette forêt un couple de pauvres bucherons comme le chantait Brassens :
Malgré la bise qui mord, La pauvre vieille de somme Va ramasser du bois mort Pour chauffer Bonhomme
Cette dame va recueillir un enfant ayant pour tout habit un talit katan qui sera un signe très important dans la suite de l'histoire. Elle nous est contée de façon allusive, malgré la véhémence du mari qui refuse « la race maudite, celle qui a tué dieu ».
Jamais ne seront prononcés les noms, les lieux qui de toute évidence nous ramènent à la dernière guerre et à l'holocauste.
Nous verrons grandir cette gosse miraculée et serons témoins des conséquences de cette adoption jusqu'à bien après la guerre.
L'animation est sublimée par des effets de neige, de brouillard, des directions de lumière très travaillées et la beauté de certains extérieurs qui tranchent avec l'ambiance pesante et émouvante de quelques chansons yiddishs dont malheureusement les paroles ne sont pas sous-titrées.
Un film à faire voir à tout le monde, aux jeunes générations surtout qui seront ainsi sensibilisées à une tragédie qui rappelle que nos vies sont la plus précieuse des marchandises.