Un film brûlant, comme on les aime, qui vous empoigne dès la première séquence et ne vous lâche plus.
Filmé sur écran large, la caméra privilégie les plans très rapprochés des visages pour en faire mieux ressentir les tensions internes, les émotions retenues et les sentiments qui ne s'expriment que par les yeux et les moues, les crispations de la bouche. Et lorsqu'un plan très large nous montre le personnage dans son environnement, les voies ferroviaires ou le tribunal par exemple, nous ressentons particulièrement son isolement, sa fragilité. Le contraste entre les scènes qui se déroulent en clair-obscur dans la maison et les lumières souvent fortes des autres lieux extérieurs, induit cette idée que l'enfermement familial n'est pas la bonne solution pour préparer un enfant à la vie adulte. Frédéric Noirhomme est le talentueux chef opérateur belge qui a su créer ces ambiances signifiantes.
Vincent Lindon est un père, veuf, qui termine d'élever ses deux grands garçons. Il travaille à la SNCF et entretient les caténaires ce qui nous vaut des images rares de ce métier méconnu.
L'un de ses fils s'apprête à poursuivre ses études à la Sorbonne, l'autre à suivre une formation dans un I.U.T. genre d'acronyme dont raffolent les Français : Institut Universitaire de Technologie.
Tout le film va nous dévoiler par petites séquences à la fois, la dérive du fils ainé dans un milieu de droite, lui qui a baigné dans une ambiance socialement marquée à gauche.
Cela commence de façon bon enfant lors de matchs de foot. Mais l'on y fait des mauvaises rencontres et ce sport est montré avec franchise, dans ses dérives sociales de plus en plus graves, insufflées par des Ultra, ces hordes violentes, racistes qui n'ont plus d'adversaires, mais rien que des ennemis. Et pour s'apprêter à les affronter, quoi de mieux que le combat en cage, le free fight qui ne se pratique pas seulement sur les Playstations puisqu'il est devenu un sport olympique désigné par un autre acronyme, le MMA pour mixed martial arts cette activité de brutes imbéciles suprémacistes et tatouées.
Les acteurs de ce trio sont tout à fait convaincants et si l'enregistrement et le mixage des dialogues avaient été bien faits nous aurions pu pleinement profiter de toutes les répliques écrites avec talent qui nous confrontent à d'intéressants problèmes « moraux » sur les limites de la solidarité familiale, sur celles de la tolérance, sur le signal qu'envoie l'opposition binaire entre « eux et nous » comme si deux mondes répondant à des valeurs incompatibles étaient en lutte pour leur survie.
Les deux sœurs coréalisatrices sont de vrais canifs suisses, multi tâches. Autrices, directrice de programme Arte, romancière, monteuse, directrice de la photo, et j'en passe ; ceci est leur 4^e^ long métrage et la complémentarité de leurs expériences, le travail très abouti du scénario et des dialogues donnent à ce film une intensité et un intérêt singulier dans le cinéma de société contemporain, inspiré du roman Ce qu'il nous faut de nuit. Ce n'est pas un jeu mais le film nous alerte sur le risque d'embrasement dans nos sociétés qui se cherchent.