La chronique entreprise par ce réalisateur se poursuit par ce film après Les Chevaux de dieu (20) Much Loved (178) Razzia (508) Haut et fort (908). Il ambitionne de nous décrire un Maroc empêtré dans des archaïsmes sexistes et sous le poids des questions politiques et religieuses qui étouffent royalement cette population.
Cette fois nous allons suivre une talentueuse chanteuse illettrée, danseuse, une cheikhate dont l'art est l'Aïta, le cri qui caractérise son chant par lequel elle exprime ouvertement ses pulsions. Ce qui fait que les hommes considèrent ces chanteuses comme rien de moins que des objets sexuels.
C'est Nisrin Erradi qui assume talentueusement et courageusement ce rôle ; nous l'avions admirée déjà dans Adam (752). Elle va quitter sa province, laissant son jeune fils à sa grand-mère pour aller faire carrière à Casablanca.
Tout l'art du réalisateur consiste à suggérer sans (dé)montrer lourdement, et la séquence d'ouverture en est une excellente illustration. Une autre virtuosité technique est « le » long plan de fin.
Vous apprécierez aussi les transitions dans le parcours de cette femme lorsqu'elle se déplace dans de vastes et beaux paysages qui scandent en quelque sorte et le temps qui passe et les progrès dans sa carrière de chanteuse.
Si tout le monde aime Touda, c'est qu'elle le mérite, mais tout le monde ne l'aime pas comme elle le mérite. C'est ce qui donne au film sa tension et sa puissance militante pour faire évoluer les mentalités.