Ce n'est pas le célébrissime auteur du livre le plus vendu au monde après la bible qui est l'objet de ce film. C'est un jeune pilote fougueux, audacieux dont nous allons partager les missions haletantes pour l'Aéropostale en Amérique du Sud.
Le récit est très cadré, Guillaumet sauve Saint-Exupéry au début, Saint-Exupéry sauve Guillaumet à la (presque) fin car le récit se prolonge utilement d'un court chapitre.
Ce film est une ode à l'héroïsme, mais pas celui de ceux qui tuent et se font tuer dans une guerre. Nous assistons à des exploits physiques hors norme, au déploiement d'une intelligence pratique et imaginative exceptionnelle, à la matérialisation d'une force de caractère, morale hors du commun et très inspirante aujourd'hui encore pour les jeunes ados qui devraient voir ce film qui leur fera lever le nez de leurs tablettes. Car en plus, il est très spectaculaire.
Deux voix off contribuent à la bonne compréhension de l'histoire, celle de Saint-Ex qui contextualise les événements lorsque c'est utile, celle du patron de l'Aérospatiale que l'on ne verra jamais à l'image, mais qui tel une sorte de Sarastro, veut régler le destin des hommes dont la vie, pour lui, est moins importante que le courrier.
Nous sommes en 1930, à l'époque où sont encore utilisés des biplans, où les pilotes ont le haut du buste hors de leur frêle aéronef totalement incapable de voler la nuit, les techniques qui deviendront l'I.F.R. (Instrument Flight Rules) n'ayant permis les premiers atterrissages de nuit aux instruments qu'à partir des années 30. Cependant des tentatives balbutiantes seront montrées dans le film pour ne plus être prisonnier des levers et couchers du soleil dont nul ne peut ralentir la course. Tout cela est évoqué de façon intéressante dans le film qui est consacré e.a. à un défi, le passage des Andes dont l'altitude est supérieure aux capacités des avions d'alors. Il faut utiliser Les Cols du Condor « El Condor Pasa ».
Ce qui rend ce défi particulièrement oppressant, c'est qu'il faut le gagner d'urgence par fidélité à un ami. Et la question se pose de savoir jusqu'à quel point extrême il faut aller pour se sentir digne de son serment. Ces questions donnent à ce film d'aventure une perspective interpellante qui en fait tout l'intérêt.
La mise en image, mélange de vues de paysages vertigineux et d'avant-plans tournés en studio avec force effets de vent et de brume, m'a esthétiquement réussie et elle donne souvent d'impressionnantes visions sur les conditions de vol de ces pionniers.
C'est le quatrième film de ce réalisateur d'origine argentine, mais très désargenté qui a travaillé en Espagne et en France où il est établi et dont il a obtenu la nationalité. Ce film est le premier qu'il tourne dans cette langue.
Beaucoup de critiques méchantes ont été écrites en particulier par des connaisseurs de l'aviation et de son histoire, présentées dans le film sous un jour qui ne leur semble pas très précis, par exemple l'usage du mot fascisme à la place de nazisme. Et il ne faut pas oblitérer le fait que Guillaumet a été abattu lorsqu'il volait pour l'armée de l'État français, sous Vichy en d'autres termes. La postface du film est imprécise à maints égards, sauf qu'elle dit la fin du héros.
Restons de grands enfants qui demandent qu'on leur dessine un feuilleton.