Le hasard m'a permis de voir ce film en noir et blanc qui, en cette période de biopic chantant à tout va, me semble un contre-exemple du glamour et un parfait exemple de ce que le cinéma peut capter et transmettre. Il s'agit du portrait du chanteur-crooner-trompet-tiste Chet Baker décédé à 58 ans après une vie dans laquelle le talent et la drogue se sont mélangés de façon délétère. C'est assez pathétique mais exemplaire comme démonstration du démon qui ne vous lâche pas puis qui finit par vous tuer.
Il y a deux aspects positifs dans ce film, me semble-t-il. Le premier est de nous immerger dans ce monde qui fait se croiser, parmi tant d'autres, Charlie Parker, Cherry Mingus, Gerry Mulligan, Dizzy Gillespie, toute cette génération musicale qui semble devenue des classiques et qui était à l'époque des créateurs de pointe.
L'autre aspect est l'homogénéité admirable du style visuel de film qui a osé le noir et blanc pour que les documents les plus anciens, les photos, les interviews comme les images de reportage (e.a. à Cannes) forment un tout, animé par un montage qui donne même vie aux images fixes de William Claxton, son ami, qui en a fait une icône. Le titre de la chanson qui sert de titre au film pourrait se traduire par « perdons-nous » et c'est tellement vrai, cette vie est une perte.
(Film documentaire de 1988)