Inhumain, c'est ce que l'on pourrait se dire en voyant évoluer le personnage central de ce récit qui est très intéressant. Il est consacré au phantasme de la transformation physique du corps lequel a inspiré déjà nombre de films.
Celui-ci est construit en deux parties, l'une ascendante assez réaliste puis l'autre divagante lorsqu'auront été réunis par petites séquences, les éléments de cette errance mentale qui se superpose en quelque sorte à celle des toros de Camargue qui fascinent notre héroïne admirablement interprétée par Oulaya Amamra, admirée déjà dans Le Monde est à toi (532) L'Adieu à la nuit (656) Divertimento (1 118) e.a. et Fragile (1 000) de la même réalisatrice qui signe ici son troisième film, à la fois inspiré par sa passion de la tauromachie et par la tentation du cinéma de genre.
Les images de manades sont belles, mélangeant chevaux blancs et bêtes à cornes d'une noirceur méphistophélique, à mi-chemin entre les dessins de Picasso et la mythologie du minotaure. Les lumières nocturnes de Ruben Impens (le chef opérateur belge notamment de Felix Van Groeningen) sont très réussies.
Le film commence comme un western et la musique concourt à créer cette ambiance qui évoluera petit à petit vers les hallucinations liées à la transformation du corps et donc du rapport aux autres.
Comme cette jeune femme est pratiquement la seule dans un univers d'hommes très virils, nous comprenons bien l'analogie entre le regard de ceux-ci sur la femme, et celui de celle-ci sur le toro. Ce qui est illustré dans le film de façon multiple et explicite.
Vous apprécierez en particulier les nombreux plans dans lesquels l'actrice « joue » de son regard d'une façon très fascinante, presqu'animale.