Un dessin animé d'une grande et singulière beauté. Il n'est pas de ces animations enfantines ou guerrières. Il serait plutôt à rapprocher, non par son style ou son propos, mais par son originalité, de films comme Persépolis, Valse avec Bachir, Loving Vincent (444) et The Peasants (1369) ou plus récemment La Plus Précieuse des marchandises (1600) par exemple sans oublier de mentionner les inspirations du réalisateur, HAYAO MIYAZAKI & STUDIO GHIBLI comme Le Garçon et le Héron (1293) e.a.
Nous sommes plongés dans un univers graphique qui très subtilement utilise deux techniques : une très réaliste pour la nature, les ciels, l'eau, et une plus épurée pour la représentation des constructions et des animaux, dont le « texturing » est délibérément sommaire, ce qui les différencie de ceux créés pour Le Livre de la jungle (280) par exemple.
Ce qui m'a paru admirable c'est la qualité de l'animation des animaux et singulièrement du chat. Si vous avez beaucoup fréquenté cet animal, vous ne pourrez qu'être ébloui par la façon dont ses gestes innombrables sont restitués avec une précision, une fluidité et une vivacité saisissantes. Si vous êtes friands des fables animalières, vous serez comblés, en particulier par les charmants lémuriens à la queue rayées et aux yeux d'ambre qui amusent par leur voracité à vouloir s'accaparer tout ce qu'ils trouvent.
Le film relève admirablement un terrible défit, c'est d'être sans dialogue, sans voix off. Mais l'histoire est tout à fait compréhensible tant au premier degré, celui de la survie d'un animal après une inondation qui tient à la fois du tsunami et du déluge, qu'au second degré, celui du courage, de la solidarité entre espèces, du partage des ressources, des compétences et autres beaux et bons sentiments dont le film illustre de façon charmante et convaincante la nécessité pour (sur)vivre ensemble après une catastrophe qui a privé la terre de tout humain. Terre dont on aperçoit de loin en loin des monuments inspirés par la majesté indienne ou le raffinement vénitiens, par exemple.
La bande sonore est exceptionnelle de subtilité, mélangeant avec retenue les bruits illustratifs, les cris des animaux et la musique, souvent des percussions, qui rythment les actions parfois débridées.
Car il s'agit essentiellement de fuir mille dangers. Ces cavalcades sont parfois un peu longuettes et répétitives, mais elles permettent de « changer de décors » de façon splendide. Inspirés peut-être par la baie d'Ha-Long au Vietnam, par les fjords de Norvège, par de profondes forêts « primaires », la nature nous est restituée dans tous ses aspects, redoutables, splendides, menaçants et envoûtants.
Le réalisateur letton va marquer profondément, avec son deuxième long métrage, la façon de créer un univers à la confluence du rêve et de l'attentive observation de notre monde. N'ayez pas peur de vous immerger.