Un film qui n'est pas très gai, qui nous promène avec une très grande sensibilité de libations en fellations. La théorie queer postule en sociologie et en philosophie que la sexualité et le genre d'un individu ne sont pas déterminés exclusivement par son sexe biologique, mais aussi par son environnement socio-culturel, par son histoire ou par ses choix personnels.
Il y a, parait-il, 52 identités de genre et ce film-ci nous met face à un homme qui, avec une grande liberté, assume ses désirs.
Ce long récit esthétisant est en trois parties, suivies d'un épilogue. Il repose essentiellement sur les épaules de Daniel Craig qui est absolument convaincant.
Le sujet n'est pas très cartésien mais il nous permet d'observer l'intimité de ces hommes qui cherchent chez d'autres hommes d'une part ce qui va du plaisir à l'amour et d'autre part la réponse à leurs angoisses existentielles et la fuite de leur statut de parias accentué par l'époque choisie pour raconter leurs histoires dans les années 50 au Mexique.
La première partie illustre finement ce mécanisme de séduction, de consentement qui ne passe que par le regard.
La deuxième partie illustre bien que le voyage devrait être surtout intérieur. Le recours aux drogues ne peut résoudre cette recherche désespérée.
Le troisième chapitre façon Indiana Jones nous laisse croire que certains secrets ne sont accessibles que par la magie, le chamanisme et autres gaudrioles.
Vous apprendrez peut-être que le yagé (ne pas écrire y a gay) est une liane amère qui donne un jus mystique dans la jungle amazonienne ce qui lui vaut le nom de liane des morts. Bref, quand on en est amené à ce type de recherches d'hallucination et d'addiction, c'est qu'on doit beaucoup souffrir.
Cet état nous est montré par de longs plans contemplatifs qui donnent à ce film un style, un rythme très particulier. Nous ne sommes pas chez des travelos façon Grande Zoa mais chez des hommes déboussolés.
Ces films ont été déjà remarqués chez ce réalisateur : A Bigger Splach (246) Call me by your name (485) Bones and All (1077) Chalengers (1438). Ce dernier opus me semble de très bonne qualité et « cinématographiquement » très maîtrisé à tous égards.
Reste à apprécier le sujet, inspiré par le roman éponyme de William S. Burroughs, un immense monument de la culture du XXe siècle, tant littéraire que comme plasticien ayant e.a. inventé le cut-up et le Gunshot dont on attribue un peu vite la paternité à Niki de Saint Phalle (1536). Un auteur hors normes auquel le film tente de rendre un hommage indirect.