Quelle connerie la guerre comme le disait Prévert (et tant d'autres), mais le théâtre peut-il être plus fort que la guerre ?
C'est le défi que tente de relever ce Français qui débarque en 1983 à Beyrouth en essayant de mettre en scène l'*Antigone de Jean Anouilh avec un casting issu de toutes les communautés qui s'étripaient dans une des pires guerres civiles (comment une guerre peut-elle être civile ?) de cette fin de XXe siècle.
La pièce choisie fut créée à Paris sous l'occupation en février 1944, choix hautement symbolique puisqu'elle raconte la lutte de la fille d'Œdipe contre son oncle Créon qui refuse la sépulture à l'un de ses neveux, frère d'Antigone car les deux frères se sont étripés pour pouvoir régner. L'un d'eux, Polynice, étant considéré comme un renégat, ne pourra pas être enterré. L'affaire se terminera tragiquement, le fiancé d'Antigone étant le fils de Créon. Les morts vont s'enchaîner.
Sans être une parabole servile de cette pièce, le film actualise très à propos certains de ses fondamentaux que vous découvrirez à l'écran.
Le scénario est inspiré du récit de Sotj Chalandon croisé déjà comme scénariste pour Profession du père (829). David Oelhoffen signe ici son quatrième long métrage, tous marqués à la testostérone et à l'adrénaline. C'est vous dire que l'on ne s'ennuie pas.
La grande habileté et l'intérêt du film tiennent essentiellement dans le rappel tragique de cette guerre libanaise entre factions infestées de croyances religieuses serviles. Et bien entendu un voisinage plus que problématique avec Israël, l'évocation du massacre de Sabra et Chatila étant, dans le film, l'un des points de basculement.
L'utopie qui anime cette troupe de comédiens nous permet aussi d'apprendre ce qu'est le quatrième mur, une façon de désigner sur une scène de théâtre le mur manquant, l'ouverture vers le public.
Un film à voir absolument au moins pour se rappeler, ou pour les plus jeunes, découvrir, une tragédie qui aujourd'hui encore, connait de graves et douloureux prolongements.