Mal d'horreur qui ne doit rien à Lautréamont : c'est le nom de code d'une opération policière imaginée pour faire démarrer le film.
Ce réalisateur est connu pour son goût des sujets glauques et, aux yeux de certains, pour son talent. Ce film en est un nouvel exemple après Alléluia (45) Adoration (740) et Inexorable (964) et pour être complet, Vinyan et Calvaire, son premier long métrage dont le titre annonce la suite.
La tentative ici est de faire un bon polar avec la gendarmerie, les antagonismes inhérents à ce type de métier et de personnalité, en puisant dans la si terrible affaire Dutroux, Himalaya d'horreurs dont il suffisait de découper les meilleurs morceaux.
La guerre des polices (locale et judiciaire ainsi que la gendarmerie) embrouille un peu le propos. Elle est supposée justifier des comportements en uniforme qui deviennent grotesques par leurs outrances. Et le film tourne en une sorte d'apologie du justicier solitaire dressé contre les réseaux criminels, style film revange.
Et je ne peux être d'accord avec le recours aux vérités alternatives pour pimenter le récit.
C'est d'un poujadisme trumpien, appuyé sur les ambiguïtés épinglées dans le scénario et soulignées lourdement e.a. par un gros plan sur le portrait du roi Albert II.
Après tant d'années d'enquêtes, de recherches, de témoignages, revenir à l'hypothèse d'un réseau de pédophiles me semble faire affront aux victimes et à celles et ceux qui ont traité cette affaire. Les reproches à leur adresser sont d'un autre ordre.
Proclamer que la vérité judiciaire cache une abomination ne me parait ni étayé, ni défendable, ni honorable.
On ne peut revendiquer la liberté de la fiction et adopter un style documentaire pour faire croire à des secrets qu'il faut dénoncer. C'est un poison qui percole aujourd'hui sur tous les réseaux.
Ce qui donne un aspect « documentaire » au film c'est le traitement de l'image, les décors, la manière de bouger la caméra et les interventions télé. C'est assez réussi comme l'est l'ambiance « populaire » durant le mariage en particulier, mais l'on ne comprend pas pourquoi cette séquence d'installation est à ce point tirée en longueur.
La musique m'a semblé extraordinairement insupportable, redondante et d'une lourdeur qui souligne le côté très malsain de ce film.
Et il est permis de penser que choisir le martyr d'enfants assassinés par leur mère ou martyrisés par un pédophile (à quand Fourniret et sa charmante épouse ?) est une démarche essentiellement inspirée par le marketing, le goût du sensationnel. Et le résultat n'apporte rien au-delà du voyeurisme et n'est jamais sensationnel.