Kafkaïen, on le comprend dès l'entame de ce film absolument extraordinaire, comme l'ont été certaines œuvres de Buñuel, de Lynch, de Wenders ou d'autres qui ont véritablement été démiurges. Un magicien aux allures de Buster Keaton vient loger dans un vaste hôtel étrange. Et s'en suivra un huis-clos de plus en plus compliqué basé sur l'idée simple que ce brave homme ne se retrouve pas dans le dédale des couloirs, un peu comme s'il souffrait d'Alzheimer. De déambulation en déambulation il fera des rencontres toutes plus extravagantes et angoissantes les unes que les autres dans un environnement qui se délabre progressivement, comme un corps atteint d'une lèpre envahissante.
L'histoire n'a ni queue ni têtes mais elle donne à la réalisatrice l'oc-casion de mettre en scène des moments de cauchemars. Dès le début du film, des failles apparaissent discrètement comme pour nous annoncer que nous entrons dans un univers complètement fêlé. Et vous ne serez pas déçus.
La communication autour du film le qualifie de « surréaliste » ce qui me parait un peu réducteur, c'est vous dire que la succession des scènes qui ne s'enchaînent que par la volonté d'une narratrice qui ne répond à aucune règle, aucun usage, va vous secouer de façon souvent amusante, parfois un peu répétitive, mais toujours délirante.
La réalisatrice norvégienne travaille aux Pays-Bas et a été remarquée il y a 10 ans pour un autre film Dorslover vol confetti. Ne ratez pas l'occasion de faire sa connaissance, vous pourrez être très impressionné par la singularité de ce talent et ce film est vraiment un cas.