Quelle cuisine ! Ce film (en noir et blanc) est d'une extravagance baroque et véhémente, sans comparaison possible. Il s'ouvre sur une citation d'Henry David Thoreau un auteur américain de la première moitié du XIXe s. que ce film va peut-être inciter à (re)découvrir. Non violent, abolitionniste, anti-esclavagiste, il a inspiré l'écologie et conceptualisé « La désobéissance civile », titre donné après son décès à l'une de ses publications. Américain très controversé, il est cité e.a. dans le film Le Cercle des poètes disparus. C'est une référence majeure de Paul Auster.
Le réalisateur mexicain de La Cocina a déjà été très remarqué en court métrage, séries télé et ce film-ci ne laissera personne indifférent. C'est une espèce de métaphore bariolée des rapports humains, entre patron, contremaîtres, hommes et femmes, personnes d'origines différentes, culturellement et racialement. Bref une sorte de Tour de Babel souterraine qui, au moment du « coup de feu » dans la cuisine devient un incroyable ballet mis en scène de façon très spectaculaire et virtuose. L'inspiration de ce récit est la pièce de théâtre (à peine reconnaissable) d'Arnold Wesker.
Nous arrivons à New-York avec une jeune Dominicaine qui ne pipe pas un mot d'anglais. Elle est en bateau, comme par allusion au film de Kazan, America America. Les images sont saccadées comme pour accentuer encore la fragilité du destin qui attend cette toute jeune fille. Elle cherche du travail et a été dirigée vers une sorte de restaurant industriel à Time Square dans un New York qui lui est expliqué de façon très amusante, originale mais aussi inquiétante.
Et comme elle est embauchée à la suite d'un qui pro quo, elle plonge véritablement dans un univers décrit déjà dans plusieurs films, celui des cuisines de restaurants. Ici, c'est une apothéose qui interpelle le spectateur sur nombre de sujets de société à découvrir au fil de ce récit qui en donne de nombreuses recettes.