Il faut faire sa connaissance !
Voilà un biopic particulièrement réussi qui évoque les premières années de Bob Dylan lorsqu'il était inconnu en 1961 jusqu'à son affranchissement de sa période folk au célébrissime festival de Newport en juillet 1965, moment où Dylan commence à utiliser des instruments électrifiés.
Donc une période assez courte, ponctuée d'événements que l'on revoit par le truchement de la télé (Crise de Cuba, assassinat de Kennedy,...), des amitiés professionnelles faites d'estime et des rencontres de musiciens merveilleusement incarnés. Deux histoires d'amour s'entremêlent sans envahir le récit. L'une d'elle est avec Joan Baez, évoquée dans l'excellent documentaire I Am a Noise (1381). En 2007 le film I'm Not There avait déjà décliné une approche singulière de ce talentueux auteur, chanteur et interprète, incarné par 6 artistes différents, une gageure. Ce film-là commençait où se termine ce film-ci, avant son accident de moto.
Monica Barbaro est une Joan Baez séduisante et Elle Fanning, la première amie, est convaincante.
Le réalisateur est très expérimenté et dans Walk the Line il avait montré déjà sa maîtrise de ce genre très difficile, celui qui raconte la vie de chanteurs ou de chanteuses. Dans Indiana Jones and The Dial Destiny (1229) il démontrait sa maîtrise des superproductions.
Ici le charme du film repose pour partie sur la restitution de l'époque, tant par les plans intérieurs de studio par exemple, les concerts, que par des images tournées en extérieur, en ville avec beaucoup d'animation.
Mais indiscutablement c'est Timothée Chalamet, le Buster Keaton du XXIe siècle, qui s'impose par un jeu d'une sobriété absolue. Et c'est lui que l'on entend chanter dans tous ces nombreux morceaux interprétés sans play-back. L'acteur a été préparé par la même équipe qui avait formé l'acteur d*'Elvis (989). Une prouesse que d'autres dans ce film assument avec le même talent.
Vous serez sensibles à un effet visuel fréquemment et discrètement utilisé, celui de la très faible profondeur de champs des images. Elles sont donc très floues en dehors du seul sujet choisi par le réalisateur. Et j'ai perçu cet effet comme une subtile façon de nous faire sentir la fragilité du personnage dans une époque oppressante. Les managers, les directeurs artistiques et autres crocodiles du show business incarnent magnifiquement ce contre-pouvoir du talent.
Aucun d'eux jamais n'aura un Prix Nobel.