La veuve soucieuse.
Une pépite à la confluence de ce que la fiction et le documentaire peuvent proposer de meilleur, en plus dans le dépaysement total d'une région sans doute inaccessible, même avec le guide du Routard.
Nous sommes dans la campagne indienne de la région Ouest du pays, le Maharashtra dont la langue marathi est celle du film. Région agricole, elle est économiquement dépendante des revenus des récoltes. Et là, comme ailleurs, les prix varient et nous assisterons aux enchères sur les marchés qui nous montrent la cause du désespoir de certains agriculteurs endettés. Et c'est une question d'honneur là-bas, celui qui ne peut rembourser n'a d'issue que dans le suicide, laissant femme et enfants sans ressources. Nous suivrons le destin de l'une de ces veuves et du groupe de parole qui se rassemble autour du docteur Potdar. Il anime avec tact les échanges entre ces femmes qui nous en apprendront énormément sur leur destin et leur deuil.
Ce qui touche profondément c'est l'état d'absolue frugalité dans lequel doivent vivre cette femme et ses deux enfants, sans renoncer à leur dignité. Ils vivent véritablement dans une autre temporalité. Et le style superbe du film nous permet de le contempler grâce au rythme du montage d'une simplicité en parfait accord avec le sujet et les images très belles, cadrées souvent de façon fixe, tant en plan large pour contempler les lieux, qu'en plans serrés pour ressentir le travail, les regards, les émotions imperceptibles qui font de ce film un récit émouvant et rare.