A vous couper le souffle.
A voir le jour où vous avez un moral d'acier car le sujet est la fin de vie et il est traité de façon remarquable, par sa diversité, par l'intensité émotionnelle des cas qui sont partagés successivement avec nous, par l'humanité des personnes mises en scène, en particulier un écrivain philosophe et un médecin qui ne l'est pas moins. Film adapté du livre éponyme de Claude Grange et Régis Debray. Les deux rôles sont ceux de ce médecin et de cet écrivain.
Le prétexte de l'intrigue, vous le découvrirez à l'écran. Ensuite nous sommes immergés dans des réflexions qui ne pourront laisser personne indifférent. Alors citons-en une : le XXe siècle a été celui du sexe, le XXIe sera celui de la mort. Réflexion induite par l'augmentation de la population et l'allongement de l'espérance de vie. Mais, film français oblige, je ne crois pas avoir entendu une seule fois le mot « euthanasie » alors que c'est un puissant plaidoyer implicite pour que cette alternative soit accessible à celles et ceux qui estiment que le moment est venu, les conditions réunies, pour mettre un terme à leur existence. Et le film plaide avec beaucoup de finesse en ce sens tout en mettant en valeur les soins palliatifs et celles et ceux qui les dispensent.
La médecine, ce n'est pas seulement Réparer les vivants (325) comme l'évoquait ce film consacré aux dons d'organe, ou ce remarquable documentaire sur l'euthanasie, Les Mots de la fin (866). C'est aussi faire un usage nuancé, contextualisé du fameux « secret médical » et du colloque singulier.
Ici le parti pris qui est illustré de façon diversifiée et souvent bouleversante, c'est qu'il faut vivre sa mort, s'y préparer, immergé que nous sommes dans nos familles, dans nos angoisses.
C'est sans doute le film testamentaire d'un immense cinéaste qui signe ici une (ultime ?) œuvre, classique, marquée par son talent exceptionnel, toujours mis au service de sujets puissants, marquants, pleins de souffle.