C’est le spectateur qui pourrait le subir. Sauf s’il est sensible au talent d’un premier film.
Nous sommes immédiatement mis en face d’un huis clos mauria-cien. De façon très théâtrale : une très belle demeure, dans un parc, une famille supposée heureuse et soudée. Et une journée de retrouvailles. Unité de temps et de lieu. Et l’action ?
La mère veille au bien-être de tous, sans mesurer le poids insupportable de son emprise psychologique sur les siens. Sur son mari d’abord, falot ayant renoncé à tout, exécuteur des tâches ancillaires : il fait la lessive et étend le linge, il s’occupe du barbecue, il écoute d’un air accablé, lance des regards à la dérobée. Bref, un homme fini.
La belle-fille asiatique et son charmant bambin qu’elle a eu avec l’un des deux fils, celui qui est en retard à la soirée mais qui va arriver... Puis la fille, belle et rayonnante, avec son mari, jeune et conquérant. Mais mal à l’aise dans sa belle-famille. Et il y a encore l’autre fils, passionné par l’Autriche, qui vit toujours chez ses parents. Et pour lancer le repas de famille, la nouvelle tant attendue : la fille est enceinte !
Petit à petit tout se déglingue. Le fils célibataire s’avère un peu dérangé mentalement, une inquiétude sourd chaque fois qu’il va agir ou parler. Ses propos et son comportement deviennent de plus en plus dérangeants, étranges.
Mais chacun s’efforce de sauver les apparences, de maintenir une certaine gaité, malgré l’orage qui arrive, le jeune papa qui se fait attendre, son petit qui est enfermé accidentellement dans une chambre sous les combles, la viande mise à cuire trop tard et qui oblige à patienter.
Chaque fois que la tension monte, la musique se déchaîne, elle percute, tonitrue et rend l’ambiance affreusement tendue. Et c’est la musique, la lumière très sombre, pesante, les cadres très installés, rigides, qui corsètent cet univers plein de contraintes non dites, de tensions pénibles dont le fils célibataire est en quelque sorte la douloureuse incarnation. Et lorsque éclatent ces conflits, la caméra est prise de frénésie, suivant au plus près les soubresauts des convulsions que les souffrances font jaillir.
Les acteurs sont tous excellents, justes. Les dialogues bien écrits, les comportements imprévisibles restent vraisemblables dans un tel nœud de vipères. Le malaise est perceptible à chaque plan. Et le spectateur se sent témoin d’une affaire de famille douloureuse, gêné de devoir partager ces souffrances psychologiques, et la cruauté sous-jacente qui atteindra son paroxysme à la fin du film.
Allez le voir un jour où vous avez le moral : c’est un film plein de grands mérites qui mérite d’être soutenu même si la réussite n’est pas complète à cause d’un certain manque de force dans la narration, comme un manque de charpente pour structurer le tout de façon plus ferme et cohérente.