Cette date de 1972 a marqué l'histoire pour de multiples raisons : la cruauté bestiale de cette prise de 11 otages aux Jeux Olympiques de Munich ; l'intention politique de s'attaquer à l'état d'Israël ; l'amateurisme inexpérimenté, il y a plus d'un demi-siècle de cela, des forces de l'ordre mais aussi la double symbolique de l'anéantissement de la « trêve Olympique » et le choix de commettre l'irréparable à Munich qui fut, en 1936, la ville des Olympiades du IIIe Reich ; et finalement le traitement médiatique « en direct » qui fut fait de ces événements, par nature, imprévisibles.
C'est cette « angulation » qui caractérise ce film (on ne peut plus dire « point de vue » ou « approche » si l'on veut avoir l'air dans le vent de la novlangue).
D'autres films déjà ont été consacrés à ce drame planétaire : One Day in Septembre, un documentaire de Kevin Macdonald (en 2000) et Munich de Steven Spielberg (2005) qui fait la part belle à la traque des terroristes lors de l'opération Colère de Dieu.
Dans ce film-ci, l'action est centrée sur une équipe de journalistes sportifs et de techniciens de la chaîne ABC qui vont être à l'endroit même du déroulement des faits, par leur proximité et par la détermination de l'équipe essentiellement composée d'un chef d'antenne, d'un réalisateur, du présentateur en plateau, tous prodigieusement crédibles. Le traitement de l'image est remarquable et permet d'insérer des archives sans qu'elles ne détonnent dans le cours du récit.
Les amateurs des techniques de l'information audio-visuelle seront passionnés de (re)voir comment les choses se passaient à l'époque où d'une part des caméras électroniques de studio montées sur de très pesants « pieds Vinten » permettaient de diffuser en direct des images vidéo, d'autre part des caméras 16 m/m portables avec pellicule inversible qui nécessitaient le développement, puis le télécinéma des images argentiques pour en faire des images vidéo et bien entendu leur sélection pour le montage. Nous voyons comment étaient incrustés dans l'image les titres en surimpression. Il y a aussi dans le film ce premier enregistreur analogique sur bande magnétique, large de 2 pouces, parmi tant d'autres contraintes techniques qui, aujourd'hui ont casi toutes disparu pour laisser place au tout- numérique, au smartphone et à WhatsApp.
Si ces aspects techniques sont bien mis en valeur pour leur rôle extraordinaire à l'époque, ils contribuent très efficacement à créer une tension très soutenue tout le long du film. En particulier par ce partage des faisceaux satellites ne permettant pas une diffusion continue et ce décompte plusieurs fois scandé par les 5 secondes qui précèdent la mise à l'antenne.
Les choses ont bien changé depuis, et chaque Olympiade a puissamment favorisé les ventes de téléviseurs et les développements techniques du direct, de plus en plus performants à chaque fois.
Mais l'enjeu du film est ailleurs, il concerne le choix entre ce qui est montrable et ce qui ne l'est pas, entre l'information incertaine et celle qui peut être diffusée. Responsabilité écrasante lorsque 900.000 millions de spectateurs vous écoutent et vous regardent dans un moment particulièrement tragique au niveau planétaire, comme nous en avons connu un autre le 11 septembre 2001.
Et les questions qui se posaient alors sont d'une brûlante actualité à cause non seulement des réseaux sociaux, mais de celles et ceux qui les abreuvent de tout et n'importe quoi.
Le jeune réalisateur suisse s'était fait remarquer par deux films « de genre » et ici il atteint un sommet de maîtrise et d'intérêt qu'il faudrait très largement partager tant chez les amateurs de très bons films thriller que dans un plus vaste public qui s'interroge sur tous les aspects de l'information journalistique.