Un délice ! Dès le début, la qualité de l'image vous captive, vous charme, les lumières, les cadres et les mouvements de caméra, la fluidité du montage ainsi que la subtilité de la bande sonore faite de petits détails qui appellent une attention discrète, tout nous prépare à la suite.
Un homme et une femme se retrouvent dans un lieu paradoxalement sinistre mais plein d'un charme singulier. Voilà 10 ans qu'ils ne se sont plus vus, ni parlé. Nous comprendrons petit à petit ce qui les lie et pourquoi.
Ils exprimeront chacun, ce qui pour eux, est un poison, un chagrin inextinguible.
Tout le film est porté par deux acteurs prodigieux, d'une qualité, d'une justesse de jeu, d'une intensité admirable et qui se renouvellent, s'enrichissent au fil du récit.
Ils nous font comprendre et ressentir que la douleur morale peut devenir une addiction qui en fait presqu'une compagne de vie.
Les causes nous en sont dévoilées par petites touches, sans fausses notes. Le film est essentiellement un dialogue, une introspection sur un terrain encore à vif chez les protagonistes, malgré le temps écoulé. Ces échanges ne sont pas ceux d'une comédie romantique, c'est ce qui fait la beauté, la réussite de cette pièce de théâtre portée à l'écran dans un cadre très visuel et bien utilisé. Vous penserez ce que vous voudrez de la proximité d'un barrage hydraulique et de ce qu'il évoque symboliquement. De même pour l'ambigüité du poison : un prétexte qui réunit ces deux personnes et un puissant symbole de ce qui les unit.
La réalisatrice, comédienne chevronnée, réussit dans ce premier film un petit chef d'œuvre quelle que soit la proximité de chacun avec le sujet central de l'histoire. Si elle est sombre, elle n'est pas empoisonnante.