Divine, c'est le cas de le dire. Le film est somptueux par la reconstitution d'une époque, nous sommes à la fin du XIXe s. et ce biopic consacré à une personnalité mythique répond positivement au moins à deux des trois critères qu'il faut maîtriser, selon moi, pour raconter la vie de personnages ayant existé : ne pas avoir de problème de ressemblance physique et rencontrer dans le récit des personnages intéressants. Le troisième critère qui est la cohérence d'une partie seulement de la vie n'est pas ici respecté car manifestement l'ambition des scénaristes étaient de raconter une période longue (30 années) puisque l'on va jusqu'aux funérailles de l'actrice. Sa vie est fractionnée en flashback qui nous obligent à de nombreux aller/retour chronologiques très opportunément soulignés par les titres et les dates qui aident à la compréhension.
Sandrine Kiberlain est souveraine, d'une richesse de jeu, d'un abattage qui en fait une personnalité exceptionnelle. Et elle est entourée d'excellents acteurs, Laurent Lafitte en Lucien Guitry, le jeune Sacha Guitry son fils, Émile Zola, Edmond Rostand, Freud,... et l'on retrouve Pauline Etienne qui fut pour ce même réalisateur, une brillante Religieuse (017). Nous avions apprécié aussi de ce metteur en scène Les Confins du monde (569) et La Petite (1276).
Manifestement l'une de ses préoccupations est le sort de la femme. Ici le film est à nouveau féministe, un peu anachronique sans doute car Sarah Bernard est instrumentalisée joyeusement pour camper une femme émancipée, affranchie, aux appétits sexuels variés dont les illustrations dans le film sont peut-être un peu trop et inutilement appuyées.
L'affaire Dreyfus est aussi évoquée d'une façon que l'on ressent un peu opportuniste mais toujours bonne à rappeler. Les dialogues sont ponctués de tournures modernes.
Le film commence par un prologue constitué d'images d'archives, photos et films muets qui donnent de l'époque une vision riche et amusante, bien que marquée par la première Guerre mondiale. La photographie due à Yves Cape, opérateur belge fidèle de ce réalisateur, magnifie les décors, les costumes somptueux dans une esthétique qui évoque le symbolisme et les beautés évanescentes.
D'une façon un peu décevante, il n'y a pas une seule scène de théâtre mais si l'on accepte de se laisser aller à ce portrait un peu appuyé, l'on reconnait au film une grande vertu, celle de l'évocation d'un monde qui n'était guère divin.