C'est gagné ! Un film en totale rupture avec le cinéma bien-pensant, classique, convenu, aussi talentueux soit-il.
Ici, dès le premier plan, vous êtes ébahis par la virtuosité et l'originalité de ce qui va vous être montré, sans le moindre souci de cohérence narrative. Juste un regard sur la vie d'une jeune fille d'un tempérament exceptionnel, Armande Pigeon, au patronyme qui expliquera de nombreuses scènes. Heureusement penseront certains, car sa vie ne semble pas de celles qui se partagent avec simplicité. D'autant que pour satisfaire son addiction aux jeux, elle ose prendre quelques risques.
L'actrice Maria Cavalier-Bazan est une révélation époustouflante.
Sans parents dans le film, elle partage la vie communautaire organisée chez une « Mamie » qui réunit des personnes dont les petits loyers lui permettent de (sur)vivre.
La succession des séquences souvent très hirsutes dans ce film, constitue un caléidoscope qu'Alfred Jarry n'aurait pas renié, une sorte de recherche échevelée pour ne rien faire comme les autres, mais qui nous touche par plusieurs aspects.
Le choix de Bruxelles, très présente dans le film comme décor extérieur. Les personnages croisés qui sont des exemples très pimentés de notre humanité invisibilisée. Les échanges, je n'ose écrire « dialogues » entre ces acteurs sortis de je ne sais où. Il y a aussi une direction artistique très affirmée que l'affiche rappelle. Attention les yeux ! Et les positions de caméra sont très souvent d'une originalité, d'une créativité qui nous montrent en quelque sorte un monde sens dessus dessous. Quant à la bande sonore, ce n'est pas une berceuse pour enfants sages. Les deux frères réalisateurs qui ont de nombreux courts métrages, et un long, à leur actif font ici une entrée tonitruante parmi les cinéastes de talent qui veulent secouer les écrans.
Vous n'aurez rien à perdre à les aimer.