Il mérite de l'être, même si ce film n'est pas un feel good movie.
Il débute par cette citation d'Edward Saïd « Le destin des palestiniens est de ne pas finir sur leur terre d'origine, mais dans un endroit inattendu et lointain ».
Nous voilà à Athènes où deux buddy s'efforcent par tous les moyens, d'obtenir un passeport vers leur nirvana de rêve : l'Allemagne.
Leur quotidien est montré de façon très réaliste et émouvante, des damnés de la terre qui luttent pour s'y refaire une place puisqu'ils ont été chassés de celle qui leur revient de droit.
Sans doute n'est-ce pas un hasard que le prénom de l'un d'eux soit Chatila...
Leurs postures sont très marquées par un virilisme de combat de chaque instant.
Et à côté de cela, un personnage récite du Mahmoud Darwich. C'est ce contraste entre la précarité insultante et l'élévation d'une civilisation de poésie qui rend le film émouvant.
Il faut se laisser emporter par ce récit de petits faits, au jour le jour pour ressentir l'indignité que doivent subir ces êtres que l'Histoire semble destiner au malheur, faute de pouvoir le conjurer. Alors les pires tentations et les petits méfaits tracent un chemin vers un pays plus inatteignable encore qu'inconnu. Le tout est montré avec élégance, un peu comme un documentaire mais très mis en scène, et filmé en 16 m/m ce qui donne une image qui transcrit bien l'ambiance de cet univers de transit.
Le réalisateur remarqué déjà pour A World Not Ours est palestinien et danois, il a été formé à Londres, ce qui explique sans doute sa capacité subtile à nous montrer et faire ressentir l'écart grandissant entre les exclus et les excluants. Un sujet d'une actualité terrible, montré ici de façon nuancée et émouvante comme l'avait réussi Green Border (1382).