Le mot définit celles et ceux qui sont voués aux supplices de l'enfer. Les condamnés sont ceux punis par un jugement, ceux qui subissent une punition.
Le choix de ce titre est audacieux, repris à Visconti qui avait titré son film en italien comme l'œuvre de Richard Wagner Le Crépuscule des dieux. Bref, nous sommes en bonne compagnie pour une tentative de narration qui sort des sentiers battus.
Deux scènes illustrent, me semble-t-il, non sans une certaine insistance, la volonté appuyée du réalisateur de nous montrer des choses de façon peu ordinaire, métaphorique : le premier plan durant lequel nous assistons longuement à un repas de loup, et bien plus tard, la tentative d'un cheval de s'affranchir de sa longe qui le retient prisonnier.
Ce film mélange précautionneusement 3 tonalités narratives dans un rythme de slow movie, celle de la contemplation, celle des échanges de propos philosophiques et celle d'une action ténue qui se délite dans une sorte de néant que la blancheur de la neige accentue symboliquement bien à propos.
Nous sommes témoins de l'errance d'un groupe de soldats nordistes qui partent vers l'Ouest en terres inconnues pour une mission mal définie de reconnaissance. Et les ennemis ne feront que de brèves apparitions sans jamais que leur point de vue ne soit développé, ni même abordé.
Le film est centré sur quelques personnalités qui sont des baroudeurs, à la fois chevronnés et fragiles. Je ne pouvais m'empêcher de faire une analogie avec la piétaille napoléonienne qui, un demi-siècle plus tard, aurait bénéficié d'un armement plus perfectionné, de balles de fusil et de révolver permettant un tir plus rapide. La marche à pied et le cheval étaient encore leurs seuls moyens de déplacement. Mais vers quels horizons ?
La minutie documentaire des images proposées est très raffinée, la rousseur de certains soldats semble les intégrer à une nature peu engageante, recélant d'invisibles ennemis.
Buzzati nous revient en mémoire, mais ici ce n'est pas un désert, ce sont des montagnes aux chemins impénétrables qui doivent être franchies péniblement, longuement comme un chemin de croix.
Le réalisateur a osé des dialogues d'une pauvreté consternante qui accentuent encore la modestie de ces hommes qui sont des anti-héros, réduits aux tâches ancillaires d'une ambition, d'un destin dont ils n'entrevoient ni le contour ni le but. Ce film est une immersion visuelle (splendide) dans le dédale d'une méditation sur le sens de la vie, ses enjeux et ses limites.
N'y cherchez pas une énième version reliftée du western ou du film de guerre, c'est un conte philosophique qui nous est murmuré et nous laisse face à nos propres méditations sur le sens de nos vies.
La beauté des images et de la musique étrangement dues l'une et l'autre aux talents du même homme mexicain, Carlos Alfonso Corral, réalisateur à ses heures, s'accommodent particulièrement bien avec un montage très maîtrisé de Marie-Hélène Dozo, pour que le destin ne devienne pas pesant.